Archive for the ‘poésie’ Category

jean malrieu (1915-1976)

Il aurait cent ans cette année.

 

Jean Malrieu

La vallée des rois

Les chats, nos compagnons.

 Ils nous jugeaient.

 Ils nous faisaient l’aumône.

 Les ronces s’enroulaient.

  Les murs nous encerclaient.

 Les rocs et le ciel aux aguets.

 Même la lampe était hostile.

 Dans sa clarté renversée.

 C’était là.

 J’aimais comme si je mordais.

 

____  

Je n’avais jamais entendu parler de Jean Malrieu et le découvrir a été un de ces chocs, précieux et rares, des moments dont on se souvient, évènements ou avènement, ouverture d’un monde. C’était probablement au lendemain de sa mort, en 1976.

A l’époque j’avais la chance de fréquenter un séminaire  de révolutionnaires passionnés, révolution et passion pour des mots, pour la poésie, l’expression orale,  le Cercle Polivanov.  Il y avait Jacques Roubaud, Pierre Lusson, Léon Robel.  Ils se réunissaient  tous les quinze jours aux Langues O, rue de Lille et c’était pour moi une véritable fête de la curiosité, de l’ouverture, enfin des gens désintéressés, ce qui manquait tant dans la vie quotidienne. A chaque r »union un ou plusieurs invités, toujours intéressants mais des fois le choc, l’admiration muette, Vitez ! Encore plus que Jean Malrieu, Vitez en personne avant sa gloire, il n’était que Professeur au Conservatoire, pas encore de théâtre et c’est venu très vite, le mythe.  Je me souviens de sa défense de l’alexandrin, il prononçait les e muets, un enchantement.  Cette rigueur, sa diction, sa voix, lui !

Mais je reviens à Jean Malrieu et, en cherchant un peu je découvre ses dates, un résumé de sa vie. J’apprends qu’il a fondé Action poétique en 1951, avec Gérald Neveu.  Je cherche dans un petit volume Jean Malrieu édité par Pierre Jean Oswald (PJO  Poche) et je ne retrouve pas ce qui avait provoqué ce choc. Mais voilà des liens plus roches :

 

http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/malrieu.html

 

http://pierresel.typepad.fr/la-pierre-et-le-sel/2013/09/jean-malrieu-le-temps-du-d%C3%A9sir.html

https://schabrieres.wordpress.com/2013/07/16/jean-malrieu-levee-en-masse-1953/

http://pierresel.typepad.fr/la-pierre-et-le-sel/2013/09/jean-malrieu-le-temps-du-d%C3%A9sir.html

 

 

http://temporel.fr/Jean-Malrieu-par-Yvon-Le-Men

 

 

et là … oui.  Sur le site d’Yvon le Men un passage d’une lettre de Jean Malrieu  …

 

Ne serait-ce qu’une fois, si tu parlas de liberté,

Tes lèvres, pour l’avoir connue, en ont gardé le goût du sel,

Je t’en prie,

Par tous les mots qui ont approché l’espoir et qui tressaillent,

Sois celui qui marche sur la mer.

Donne-nous l’orage de demain.

 

Les hommes meurent sans connaître la joie.

Les pierres au gré des routes attendent la lévitation.

 

Si le bonheur n’est pas au monde nous partirons à sa rencontre.

Nous avons pour l’apprivoiser les merveilleux manteaux de l’incendie.

 

Si ta vie s’endort,

risque-la.

 

http://pierresel.typepad.fr/la-pierre-et-le-sel/2013/02/un-jour-un-po%C3%A8me-jean-malrieu-%C3%A0-lusage-des-humbles.html

 

 

 

 

 

 

 

est-ce que ça te plaît ?

Je crois bien que c’était la première fois qu’on me demandait « ça te plaît ? » Je lisais Les souffrances du jeune Werther et non, ça ne me captivait pas mais il y avait « un must » comme on ne disait pas alors. Je devais avoir autour de quinze ans, une sorte de respect obligé envers les classiques et là … Je le trouvais un peu longuet, j’ai retenu l’cette histoire de vêtement qui représente la rencontre avec Charlotte …

http://www.franceinter.fr/emission-ca-peut-pas-faire-de-mal-saison-2011-2012-les-souffrances-du-jeune-werther-de-goethe

Werther est loin, reste la question, le jugement résumé à oui ou non, il y a un jeu de pile ou face et il arrive qu’on regrette d’avoir fait ce choix, influencé par le ton, la personne qui attend, et qui va par la même vous juger,  ah tu es de ceux qui  … la belle affaire ! En général j’esquive, je brode tel argument mais …etc. Et pourtant de moi à moi, j’ai bien de ces sympathies ou l’inverse, irritée par certains mots ou intonations, qui à la longue s’agglomèrent et semblent devenir des tics de langage. Et si c’était moi qui captais, orientée, certains de ces mots, et que je fabriquais des audio-tics ? Bon, pas pour aujourd’hui …

Sur les pages FB il y a des moments délectables, une réplique, le plus souvent dans les comm, où on est plus spontanés que sur un statut, qui a rang de déclaration,  personnelle ou citation. Non, les comm, il en est de jubilatoires, et des fois ils s’enchaînent, ping-pong de jeux de mots, plaisir. Plaisir de la surprise, et à la fois reconnaissance, ah oui, il/elle ne l’a pas raté, je le/la reconnais bien. On est dans la surprise et le familier, un peu étonné un peu un terrain connu.

Et c’est fichu pour mon histoire de surprise. Je m’étais faite à l’idée que j’aime bien ce qui est surprise, et j’ai des souvenirs précis d’une phrase qui m’a plu plu plu parce qu’elle était inattendue. Est-ce que c’était le contexte ? Le choc plaisant, jubilatoire, une reconnaissance envers celui/celle qui lance cette phrase comme un appât et je mords,  sans remords. Et j’aime, j’aime le mot, la voix, le climat. C’est vrai pour du vécu, en direct, et pour une émission radio, un film, on adhère, on reçoit quelque chose de bénéfique, la joie …

Retrouver, retrouvailles, hier soir en lisant une sorte de préface au Livre des Délices, un roman du 13e siècle, écrit en hébreu à Barcelone déjà saisie par la Reconquista, rois catholiques. Un roman inspiré de ou calqué sur Kalila et Dimna … et l’introduction nous entraîne, voilà des nom connus, presque familiers … un livre à laisser sur la table, pas sur ou dans une pile, accessible. Et j’ai aussi sorti le beau gros livre cosigné, codirigé par Abdelwahab Meddeb et Benjamin Stora, l’histoire des relations entre juifs et  musulmans, à consulter, à feuilleter, s’arrêter où ça se présentera, entendre comme si on vous contait des histoires, retomber en enfance, en pays d’origine …

meddeb_stora_001

 Se laisser surprendre, attendre, jouer, être le jouet … c’est vivre sans penser à un  long fleuve tranquille. Et, goût amer, celle qui me demandait « ça te plaît » ? s’en est allée, vie brisée malgré les apparences, à quarante ans, il y a soixante ans. Repose en paix, toi qui aurais eu cent ans cette année.

inventif, Inventions

Inventions à deux, à trois voix, Bach bien sûr, Jean-Sébastien. Ce matin dans Sacrées musiques, de Benjamin François, France Musique.

Parler de Bach ? plutôt l’écouter et le déchiffrer au moins un peu. Cette année, mes capacités pianistiques se réduisant, pas de panique, déchiffrage, et là c’est l’océan c’est l’infini … mais quelle imagination, quelle belle inventivité.

Pour déchiffrer j’ouvre mon cahier des Inventions, et je commence, mains séparées, le motif,  un faible pour les mineurs, mais là n’est pas la question. Et le voilà qui se déroule, qui revient, un ton ou un demi plus bas, repart, à la main gauche, en canon, hé ! écoute je parle aussi en plus grave, dialogue, dit-on trilogue ? il se partage , commence main gauche, un peu de droite, ou l’inverse.

Je l’écoute en ligne, abonnement Spotify, Clavecin bien tempéré, Well-tempered Clavier, Wohltemperierte Klavier, ravie quand je retrouve un de « mes » préludes ou fugues, inventions … et il s’installe un va-et vient entre écoute et cahier, toujours surprenant.

L’invention, la surprise, même en réentendant, en réécoutant ou en relisant, c’est fabuleux, richissime.

Et c’est aussi ce plaisir qu’on éprouve à certaines lectures, citerai-je mes poètes préférés ?

Inventivité sans limites, jamais assez, « cent fois sur le métier » mais c’est un autre ouvrage chaque fois, et des fois des « vieux trucs » revisités. La joie …

 

https://www.facebook.com/pages/Abed-Manseur/482409175194884?fref=ts

 

http://de.wikipedia.org/wiki/Das_Wohltemperierte_Klavier

Bob Van Asperen – Das Wohltemperierte Klavier, BWV 846-869, Book One, No. 1 in C Major, BWV 846: Fugue

Julia Cload – No. 13 In F Sharp Major: Prelude

Simone Dinnerstein – Sinfonia No. 11 in G Minor, BWV 797

Gustav Leonhardt – Sinfonia No. 9 in F minor, BWV 795

 

 

 

 

 

 

Блок – Blok, les douze (poème)

Alexandre Blok m’avait tellement frappée, tellement plu Les Scythes (ce fleuve de poésie, de mots, d’images), Les Douze (la Révolution, tant politique que poétique). Et aussi quelques unes de ses poésies plus courtes, dont une qui s’accordait parfaitement avec une musique de film que j’avais fini par retrouver mais je ne sais plus quel était ce film, anglais je crois, années 30 à 50 …   il me reste la mélodie, et ce texte (http://blok.lit-info.ru/blok/stihi/raznye-1904-1908/054.htm) ; j’ai essayé de la noter, la mélodie ça va, les temps à peu près mais j’écris si mal que je n’ose pas l’ajouter à ce billet, on verra …

Ты и во сне не обычайна

Твоих одежди не коснусь

Дремдю – и за дремотой тайна,

И в тайне ты почиешь Русь

Русь (« Ты и во сне необычайна… »)
РУСЬ   

Ты и во сне необычайна.
Твоей одежды не коснусь.
Дремлю - и за дремотой тайна,
И в тайне - ты почиешь, Русь.

Русь, опоясана реками
И дебрями окружена,
С болотами и журавлями,
И с мутным взором колдуна,

Где разноликие народы
Из края в край, из дола в дол
Ведут ночные хороводы
Под заревом горящих сел.

Где ведуны с ворожеями
Чаруют злаки на полях,
И ведьмы тешатся с чертями
В дорожных снеговых столбах.

Где буйно заметает вьюга
До крыши - утлое жилье,
И девушка на злого друга
Под снегом точит лезвее.

Где все пути и все распутья
Живой клюкой измождены,
И вихрь, свистящий в голых прутьях,
Поет преданья старины...
Так - я узнал в моей дремоте
Страны родимой нищету,
И в лоскутах ее лохмотий
Души скрываю наготу.

Тропу печальную, ночную
Я до погоста протоптал,
И там, на кладбище ночуя,
Подолгу песни распевал.

И сам не понял, не измерил,
Кому я песни посвятил,
В какого бога страстно верил,
Какую девушку любил.

Живую душу укачала,
Русь, на своих просторах, ты,
И вот - она не запятнала
Первоначальной чистоты.

Дремлю - и за дремотой тайна,
И в тайне почивает Русь,
Она и в снах необычайна.
Ее одежды не коснусь.
 
 24 сентября 1906

 

 

 

 

bonnes feuilles de JP Verheggen

 Quelques pages quelques feuilles de ce grand Jean-Pierre Verheggen …

« A Jacques Prévert (à propos des « feuilles mortes se ramassent à la pelle », in Les feuilles mortes) »

 

« Ce n’est pas pour vous importuner,  mon cher Prévert — j’ai trop de plaisir à vous lire pour me le permettre ! — c’est juste pour vous signaler qu’à l’avenir il vous faudra ranger vos pelles, palettes et brouettes, voire carrément les retirer de vos textes car les feuilles mortes ne se ramassent plus à l’huile de bras, c’est du passé tout ça ! Fini ! Terminé ! Périmé dans tous les périmètres carrés de toutes les surfaces à nettoyer !  C’est planète propre qui l’a décrété. Jacques et Prévert se nomment aujourd’hui Black & Decker ! Adieu Kosma et chansonnette. Adieu poésie ! Adieu nostalgie, voici venue l’ère des nouvelles technologies. Comme les amours mortes qui, elles, se ramassent au divorce automatique, on se débarrasse désormais des feuilles mortes à la soufflerie électrique ! A la soufflette ! A l’aspirette  vampirique ! Au suivant ! A la suivante ! A la suivette (si elle tremble !). Toutes en rang ! Toutes en tas ! Qu’on vous déchiquette et qu’on vous broie ! Certes, on peut le regretter mais qu’on se mette à la place du camarade Congo ou du camarade Nigéria ! Vaut mieux faire vite quand il comment à faire froid ! Octobre, vous connaissez, je crois ? On se gèle déjà les carabouillats, et de plus ça n’arrête pas, ça tombe et ça tombe et ça envahit son monde, ces milliers de feuilles qui font l’avion potache pour atterrir n’importe où sur n’importe quoi ! Alors un éboueur — un cantonnier, un ouvrier municipal ou tout autre travailleur, black, blanc ou beur ! — qui porte en bandoulière, haut et fier, une bonne machine en forme de bazooka et qui, sans jouer les terroristes et en moins de temps qu’il n’en faut pour réécouter Montand, vous astique un parterre comme un sou suisse et votre petit cimetière marin du nord Cotentin (où vous reposez non loin de votre vieux complice Alexandre Trauner) comme s’il vous avait coupé les tifs et les vibrisses, c’est vive lui, ne trouvez-vous pas ? Vive la technique, vive l’électronique et toute la clique qui font en sorte qu’on vous fiche la paix, pas vrai ! D’accord avec moi ? Alors, adjugé, ne parlons plus des pépelles d’autrefois !  »


In    Jean-Pierre Verheggen.- Sodome et Grammaire.- Gallimard, 2008.

Sodome et Grammaire, de JP Verheggen

Il a des livres qu’on achète, vite, avec gourmandise, après une émission de radio ! Puis il arrive qu’on les oublie, circonstances …

SODOME ET GRAMMAIRE, de Jean-Pierre Verheggen (Gallimard 2008) a connu cet oubli. Mais heureusement il en sort et arrive plein de verdeur plein de vigueur et vient se faire entendre. Et alors la belle surprise, c’est le chapitre Cyber (chapitre II) qui commence par :

GSM ?

Toi non plus !

SMS ?

Moi non moins !

avec une citation de Zazie (dans le métro) : « Ils devraient faire attention, dit Gabriel furieux. Y a des enfants ! »

  • Le chapitre IV traite des Rappeurs Camembert et Slameurs Pompiers.

Note en bas de page : « Comme disait Polémique Victor en scrutant le Grand Nord, si Cioran avait eu son Monsieur Teste, il l’aurait sûrement appelé Déteste. »

Et il enchaîne sur « Rappeurs, slammeurs, encore un effort pour être poètes ! » … Il y en a sept pages, réjouissantes.

  • Le chapitre VI, « Salut l’Autiste », est dédié « A Jean-Pierre Verheggen (à propos de « Rappeurs Camembertet Slammeurs Pompiers » …

– http://www.franceculture.fr/oeuvre-sodome-et-grammaire-de-jean-pierre-verheggen.html

– http://www.compagnie-faisan.org/pages/l-oral-et-hardi

Un festival de jeux de mots !

l’amour du russe (2)

Le titre a déjà figuré sur le blog.  Un petit recensement. Il en manque … les rajouterai.