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est-ce que ça te plaît ?

Je crois bien que c’était la première fois qu’on me demandait « ça te plaît ? » Je lisais Les souffrances du jeune Werther et non, ça ne me captivait pas mais il y avait « un must » comme on ne disait pas alors. Je devais avoir autour de quinze ans, une sorte de respect obligé envers les classiques et là … Je le trouvais un peu longuet, j’ai retenu l’cette histoire de vêtement qui représente la rencontre avec Charlotte …

http://www.franceinter.fr/emission-ca-peut-pas-faire-de-mal-saison-2011-2012-les-souffrances-du-jeune-werther-de-goethe

Werther est loin, reste la question, le jugement résumé à oui ou non, il y a un jeu de pile ou face et il arrive qu’on regrette d’avoir fait ce choix, influencé par le ton, la personne qui attend, et qui va par la même vous juger,  ah tu es de ceux qui  … la belle affaire ! En général j’esquive, je brode tel argument mais …etc. Et pourtant de moi à moi, j’ai bien de ces sympathies ou l’inverse, irritée par certains mots ou intonations, qui à la longue s’agglomèrent et semblent devenir des tics de langage. Et si c’était moi qui captais, orientée, certains de ces mots, et que je fabriquais des audio-tics ? Bon, pas pour aujourd’hui …

Sur les pages FB il y a des moments délectables, une réplique, le plus souvent dans les comm, où on est plus spontanés que sur un statut, qui a rang de déclaration,  personnelle ou citation. Non, les comm, il en est de jubilatoires, et des fois ils s’enchaînent, ping-pong de jeux de mots, plaisir. Plaisir de la surprise, et à la fois reconnaissance, ah oui, il/elle ne l’a pas raté, je le/la reconnais bien. On est dans la surprise et le familier, un peu étonné un peu un terrain connu.

Et c’est fichu pour mon histoire de surprise. Je m’étais faite à l’idée que j’aime bien ce qui est surprise, et j’ai des souvenirs précis d’une phrase qui m’a plu plu plu parce qu’elle était inattendue. Est-ce que c’était le contexte ? Le choc plaisant, jubilatoire, une reconnaissance envers celui/celle qui lance cette phrase comme un appât et je mords,  sans remords. Et j’aime, j’aime le mot, la voix, le climat. C’est vrai pour du vécu, en direct, et pour une émission radio, un film, on adhère, on reçoit quelque chose de bénéfique, la joie …

Retrouver, retrouvailles, hier soir en lisant une sorte de préface au Livre des Délices, un roman du 13e siècle, écrit en hébreu à Barcelone déjà saisie par la Reconquista, rois catholiques. Un roman inspiré de ou calqué sur Kalila et Dimna … et l’introduction nous entraîne, voilà des nom connus, presque familiers … un livre à laisser sur la table, pas sur ou dans une pile, accessible. Et j’ai aussi sorti le beau gros livre cosigné, codirigé par Abdelwahab Meddeb et Benjamin Stora, l’histoire des relations entre juifs et  musulmans, à consulter, à feuilleter, s’arrêter où ça se présentera, entendre comme si on vous contait des histoires, retomber en enfance, en pays d’origine …

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 Se laisser surprendre, attendre, jouer, être le jouet … c’est vivre sans penser à un  long fleuve tranquille. Et, goût amer, celle qui me demandait « ça te plaît » ? s’en est allée, vie brisée malgré les apparences, à quarante ans, il y a soixante ans. Repose en paix, toi qui aurais eu cent ans cette année.

une histoire de Chelm et de lune …

Attraper la lune ! ah ce rêve ! Voilà comment un habitant de Chelm (Khelm) a cru un jour, une nuit, que ce rêve devenait réalité : par une nuit de pleine lune, un beau temps froid et sec, où la lune étincelle, il y avait à Chelm deux amis deux compères qui se promenaient. Et voilà que, dans un grand seau ils voient la lune, ah qu’elle était belle, elle les regardait, malicieuse. Tu sais, dit Shloyme (le premier ami) à Yankele (l’autre), maintenant qu’elle est là, dans le seau, on pourrait l’enfermer  et la garder pour toujours. oh oui ! et Shloymele met le couvercle sur le seau, tout content, demain matin on va pouvoir la montrer à tout le monde !  Mais le lendemain, il soulève le couvercle et, hélas …

Note : Chelm était une bourgade de Pologne, un shtetl (petite ville), réputée pour la naïve roublardise de ses habitants.

Cette petite histoire de lune voulait être un commentaire de La lune dans le puits (François Beaune)

17 décembre 1984

Ma petite mère, combien d’années que je ne t’ai pas écrit, que je parle de toi à la troisième personne, Mamie ou ma mère, ma petite mère … mais toutes les deux, qui avons échangé tant de lettres, qui avons dit infiniment plus de choses, parlé de tout par écrit plutôt qu’oralement … je me souviens des années ado où les repas à deux se déroulaient sans un mot, c’est moi qui te boudais autour de quatorze ans, l’âge bête dit-on. Et pourtant à la même époque j’avais écrit une rédaction sous forme d’une lettre que je t’adressais et qui avait plu à mon prof de français, Madame Amrouche, en troisième.

Ce dont je te suis le plus reconnaissante c’est de m’avoir appris à lire, avant l’école qui ne commençait qu’à six ans, il n’y avait pas alors de maternelles, les grand-mères étaient là, partageaient la vie de tous les jours. Lire et écrire, je me souviens des manuels de lecture En riant, et je vois encore les lignes d’écriture, les syllabes … Tous les livres choisis pour moi, partagés, d’abord les histoires tous les soirs … et la tradition ne s’est pas perdue ! Puis les livres que tu m’achetais, la Comtesse de Ségur, l’abonnement au Journal de Mickey, combien d’années, les Fables de la Fontaine illustrées, un bel album … ils ont tous circulé, les cousins, puis donnés à la bibliothèque de l’école. Le pli était pris, je vivrais avec des livres, tu fréquentais la Bibliothèque du Souk el-Attarine où tu allais tous les quinze jours faire provision, les nouveautés, les revues les journaux aussi. Tu lisais Les Annales, Marianne, tu m’as vite fait lire les petits livres Didier en anglais et au lycée nous avons été trois à prendre des romans anglais proposés par le prof, Hélène Pavlidès, Zina Mahjoub et moi. Jane Austen, Pride and Prejudice ; et un roman que j’avais beaucoup aimé, acheté chez Saliba, je l’ai conservé longtemps, A high wind in Jamaica, j’ai depuis longtemps oublié le nom de l’auteur, Richard Hughes et je découvre là qu’on en a fait un film.

La bibliothèque que tu as fondée à l’Eurolat, et le plaisir que tu prenais à entraîner les pensionnaires à lire, choisissant les gros caractères, parlant et sachant trouver pour chacun les livres qui lui plairaient et pouvaient leur faire paraître le temps moins long entre les visites des petits-enfants si occupés …

Et me voilà largement retraitée et toujours lisant, rencontrant des amoureux du livre, de toutes les formes de littérature, des écrivains des écriveurs en prose en vers – et contre tous les pleurnicheurs !!

Tiens, je vais t’offrir l’image d’un stylo et quelques vers d’un ami du Maroc, un fin connaisseur de la littérature française, quelqu’un que tu aurais aimé rencontrer. Et je crois aussi que tu aurais aimé le Net et toutes ces ouvertures aux paroles qui se lient …

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Demain, je te promets de continuer à t’écrire, nous avons tant de choses à évoquer. Bonne nuit ma chérie, bon long repos « Celui qui croyait au ciel, Celui qui n’y croyait pas »

http://www.poesie.net/aragon4.htm

La Rose et le Réséda

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Tous deux adoraient la belle
Prisonnière des soldats
Lequel montait à l’échelle
Et lequel guettait en bas
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Qu’importe comment s’appelle
Cette clarté sur leur pas
Que l’un fut de la chapelle
Et l’autre s’y dérobât
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Tous les deux étaient fidèles
Des lèvres du coeur des bras
Et tous les deux disaient qu’elle
Vive et qui vivra verra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Quand les blés sont sous la grêle
Fou qui fait le délicat
Fou qui songe à ses querelles
Au coeur du commun combat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Du haut de la citadelle
La sentinelle tira
Par deux fois et l’un chancelle
L’autre tombe qui mourra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Ils sont en prison Lequel
A le plus triste grabat
Lequel plus que l’autre gèle
Lequel préfère les rats
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Un rebelle est un rebelle
Deux sanglots font un seul glas
Et quand vient l’aube cruelle
Passent de vie à trépas
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Répétant le nom de celle
Qu’aucun des deux ne trompa
Et leur sang rouge ruisselle
Même couleur même éclat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Il coule il coule il se mêle
À la terre qu’il aima
Pour qu’à la saison nouvelle
Mûrisse un raisin muscat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
L’un court et l’autre a des ailes
De Bretagne ou du Jura
Et framboise ou mirabelle
Le grillon rechantera
Dites flûte ou violoncelle
Le double amour qui brûla
L’alouette et l’hirondelle
La rose et le réséda

Louis Aragon

Extrait de
« La Diane Française »
édition Seghers

certain CV

A propos d’un livre de JL Fournier, Le CV de Dieu, édité chez Stock.

J’ai mentionné ce livre sur ma page FB et un ami très cher m’a dit ne pas avoir aimé, ne pas aimer …
Ne pas aimer quoi, qu’on écrive des blagues sur Dieu ? Qu’on en parle comme s’il « était des nôtres », un sujet de SM le Marché, qu’il devait rédiger un CV …

Je me suis dit, je vais supprimer ma petite note et puis non ! On peut blaguer, chahuter et être croyant ! Si on s’autocensure … Si … C’est le genre d’arguments qui va se développer en disant « si on commence … jusqu’où ira-t-on ? »
Donc un argument à éviter parce qu’il ne permet pas d’avancer, il ne fait qu’opposer une inquiétude à un tabou.
Comment parler de Dieu ? Les juifs orthodoxes s’interdisent d’écrire son nom et inventent des moyens de ne pas le faire tout en … Mais en bonne laïque – comme on dit un bon croyant – de quoi s’agit-il? Peut-être de la façon dont une société un groupe, utilise le nom, la notion de Dieu. Veut-on un Dieu gendarme ? Un Dieu amour ? Spiritualité ou police, répression … Un Dieu dans la ville ou dans mon for intérieur … Ou les deux, selon le moment.
Je n’aime pas qu’on ramène l’idée de Dieu à une fonction de maintien de l’ordre, ni à aucune fonction.
Et je ne veux pas me laisser entraîner à un débat avec chasse aux sorcières.
Donc je laisse sur ma page cette référence à un livre, que je n’ai pas encore lu. Ce n’est quand même pas L’arbre de la connaissance et l’Interdit !

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Et, comme c’est étrange, voilà que mon article, même pas publié, m’amène un commentaire, encadré rouge, disant : « Occasionally, some of your visitors may see an advertisement here » … pardon, je fais de la publicité ? masquée, déclarée ? mon article ne pourra pas paraître ??

bonnes feuilles de JP Verheggen

 Quelques pages quelques feuilles de ce grand Jean-Pierre Verheggen …

« A Jacques Prévert (à propos des « feuilles mortes se ramassent à la pelle », in Les feuilles mortes) »

 

« Ce n’est pas pour vous importuner,  mon cher Prévert — j’ai trop de plaisir à vous lire pour me le permettre ! — c’est juste pour vous signaler qu’à l’avenir il vous faudra ranger vos pelles, palettes et brouettes, voire carrément les retirer de vos textes car les feuilles mortes ne se ramassent plus à l’huile de bras, c’est du passé tout ça ! Fini ! Terminé ! Périmé dans tous les périmètres carrés de toutes les surfaces à nettoyer !  C’est planète propre qui l’a décrété. Jacques et Prévert se nomment aujourd’hui Black & Decker ! Adieu Kosma et chansonnette. Adieu poésie ! Adieu nostalgie, voici venue l’ère des nouvelles technologies. Comme les amours mortes qui, elles, se ramassent au divorce automatique, on se débarrasse désormais des feuilles mortes à la soufflerie électrique ! A la soufflette ! A l’aspirette  vampirique ! Au suivant ! A la suivante ! A la suivette (si elle tremble !). Toutes en rang ! Toutes en tas ! Qu’on vous déchiquette et qu’on vous broie ! Certes, on peut le regretter mais qu’on se mette à la place du camarade Congo ou du camarade Nigéria ! Vaut mieux faire vite quand il comment à faire froid ! Octobre, vous connaissez, je crois ? On se gèle déjà les carabouillats, et de plus ça n’arrête pas, ça tombe et ça tombe et ça envahit son monde, ces milliers de feuilles qui font l’avion potache pour atterrir n’importe où sur n’importe quoi ! Alors un éboueur — un cantonnier, un ouvrier municipal ou tout autre travailleur, black, blanc ou beur ! — qui porte en bandoulière, haut et fier, une bonne machine en forme de bazooka et qui, sans jouer les terroristes et en moins de temps qu’il n’en faut pour réécouter Montand, vous astique un parterre comme un sou suisse et votre petit cimetière marin du nord Cotentin (où vous reposez non loin de votre vieux complice Alexandre Trauner) comme s’il vous avait coupé les tifs et les vibrisses, c’est vive lui, ne trouvez-vous pas ? Vive la technique, vive l’électronique et toute la clique qui font en sorte qu’on vous fiche la paix, pas vrai ! D’accord avec moi ? Alors, adjugé, ne parlons plus des pépelles d’autrefois !  »


In    Jean-Pierre Verheggen.- Sodome et Grammaire.- Gallimard, 2008.

Sodome et Grammaire, de JP Verheggen

Il a des livres qu’on achète, vite, avec gourmandise, après une émission de radio ! Puis il arrive qu’on les oublie, circonstances …

SODOME ET GRAMMAIRE, de Jean-Pierre Verheggen (Gallimard 2008) a connu cet oubli. Mais heureusement il en sort et arrive plein de verdeur plein de vigueur et vient se faire entendre. Et alors la belle surprise, c’est le chapitre Cyber (chapitre II) qui commence par :

GSM ?

Toi non plus !

SMS ?

Moi non moins !

avec une citation de Zazie (dans le métro) : « Ils devraient faire attention, dit Gabriel furieux. Y a des enfants ! »

  • Le chapitre IV traite des Rappeurs Camembert et Slameurs Pompiers.

Note en bas de page : « Comme disait Polémique Victor en scrutant le Grand Nord, si Cioran avait eu son Monsieur Teste, il l’aurait sûrement appelé Déteste. »

Et il enchaîne sur « Rappeurs, slammeurs, encore un effort pour être poètes ! » … Il y en a sept pages, réjouissantes.

  • Le chapitre VI, « Salut l’Autiste », est dédié « A Jean-Pierre Verheggen (à propos de « Rappeurs Camembertet Slammeurs Pompiers » …

– http://www.franceculture.fr/oeuvre-sodome-et-grammaire-de-jean-pierre-verheggen.html

– http://www.compagnie-faisan.org/pages/l-oral-et-hardi

Un festival de jeux de mots !

au quart de tour, l’entente

livres_004_celineBonheur ! il est des rencontres, de petites conversations qui dès l’abord tournent, vont, s’alimentent … Verbalement, par écrit, un regard et ça démarre, rimons avec rare ! Et c’est parfois à contre courant, à propos d’une discussion où se prélassait un malentendu, brusquement une intervention … et c’est l’étincelle, iskra искра (alors là j’aimerais bien retrouver l’origine de ce nom donné à un journal, une gazette révolutionnaire du 19e ce grand siècle).

Hier il était question de Céline, l’écrivain, l’homme, paria ou minable mais génie … conciliable ? Et l’argumentation allait cahin caha, j’en parle parce que ce n’est pas la première fois que je suis confrontée à cette admiration des uns, répulsion autrement … Je pense à « la librairie célinienne de Paris » …

http://www.lepetitcelinien.com/2012/05/dun-livre-lautre-la-librairie.html

http://l-editeur.fr/emile-brami

… à des bouts de discussion qui n’ont pas réussi à me faire bouger … bouger qui serait relire le Voyage. Et pourtant je suis allée voir un spectacle Céline à Nanterre  et j’étais contente de me dire, faut pas l’ostraciser, séparer l’homme de l’artiste etc …

http://www.la-pleiade.fr/Auteur/Louis-Ferdinand-Celine

Et voilà qu’en une phrase, en trois mots « j’ai vingt-sept ans » s’est produit le dégel, les mots ont pris un sens, la Neva s’est craquelée, réponses et remarques se sont croisées, fiévreusement ! ah il était temps ! Donc commandé le Voyage et le lirai dès qu’il sera arrivé à bon port !

Si j’ai besoin si j’ai envie de parler d’une rencontre, elle en renferme plusieurs en vérité, et chaque fois c’est cette impression de charme, de grâce … Inutile d’en dire plus long, je pourrais les compter  sur les doigts d’une main je crois … ou un peu plus. Et si  toutes ces rencontres ne sont pas suivies d’une relation qui dure elles n’en comptent pas moins … retour à l’étincelle, gratitude.

Rita Levi Montalcini « Contre vents et marées ».

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Oui, relu ce livre publié en 1998 chez Odile Jacob. Ce sont dix hommages à des amis disparus, les uns pendant la guerre, le plus illustre est Primo Levi.

Reprenant le titre célèbre, Naufragés et rescapés, Rita Levi Montalcini s’interroge, à propos de chacun de ces dix amis, naufragé ou rescapé ?

http://www.odilejacob.fr/rechercher/?mot=contre+vents+et+mar%C3%A9es

Trois de ces amis sont des femmes, dont deux étaient médecins, Simonetta Tosi, militante de la cause des femmes, de la loi autorisant l’avortement en Italie. Le chapitre consacré à Marcella Nazzaro s’intitule « l’école de la vie » et raconte les débuts brillants, le couple de médecins, les cancers, les combats. Rita Levi raconte avec simplicité et émotion. La troisième femme était photographe dans la vie, elle s’est révélée poète, parfaite inconnue pour moi, Marie de Laude, si attentive aux autres, aux regards, aux visages.

  • En cherchant une photo de la couverture, je retrouve l’autre livre dont je parlais hier, Eloge de l’imperfection. Je ne l’ai plus et j’en chercherais plutôt de nouveaux pour moi.
  • RitaLeviMontalcini_06

Les portraits de Contre vents et marées, des résistants, des révoltés, partout une joie de vivre, qu’ils soient catholiques ou « libres penseurs », elle souligne l’expression, ne dit pas athée.

Née en 1909, quelques mois avant mon amie Andrée qui, elle, catholique fervente et petit bout de femme aussi, je n’oublierai jamais son regard, son énergie, est partie en novembre 2009, quatre mois avant ses cent ans. Andrée était, professionnellement, dessinatrice. Grande sportive, montagne, retraites. Je les réunis toutes les deux parce que je leur trouve une certaine ressemblance, d’abord l’âge et l’amour de la vie, l’ouverture. Rita Levi Montalcini parle aussi de randonnées, de bivouacs, d’émerveillement devant des paysages (chapitre Bon voyage, cher Max, Max Delbrück, le père de la biologie moléculaire).

une promenade à Paris

joaquim hock

C’est devenu si rare que je peux en faire un titre, un évènement !

Grâce à Amina, j’ai découvert depuis quelque temps déjà les dessins de Joaquim Hock, très reconnaissables, pleins de petits détails drôles, des dessins qui font naïf mais faut pas se fier à cette première impression. En fait l’ensemble paraît naïf parce que tout est plat, sans perspective, que les proportions sont passablement distordues, il n’en a cure. Les visages sont toujours vus de face – à vérifier quand même !

Mais je n’avais pas retenu son nom, rien ! Et voilà que la soeur de notre Amina lui apporte un livre dédicacé de la main de Joaquim, Amina exulte, on en parle, ça fait un buzz … Moi je plonge « hardiment », contact, JH, et lundi matin le livre est commandé, il est en route ! ET comme par hasard, j’ai oublié le titre …

Mais, mais et surprise, un plus comme on dit, c’est une exposition de dessins de Jock (compression, c’est permis ?) à Paris et là, je retrouve un libraire que je connais un peu … Quiproquo, l’adresse de la librairie et l’adresse perso de « Jock », se (je ne sais pas si on dit « se chiasmer ») croisent et le mail adressé à l’auteur s’en va chez le libraire, petit échange de mails étonnés, et ça me décide à vraiment aller voir ces dessins à la galerie … J’hésite, ne vais plus souvent à Paris, peur de ne pas marcher assez longtemps, appréhension escalier en colimaçon, ils sont toujours en colimaçon, le dernier c’était pour monter à la tribune de l’orgue, à Sens … Et puis, échange avec Amina « vas-y ». On dirait que je n’attendais que ça, suis partie, autour de midi. Et j’ai tourné tourné pas mal pour trouver cette rue minuscule, pas plus grande qu’une cour, demandé mon chemin à des passants qui ne connaissaient pas, sauf une femme, « a yidene », qui connaissait bien, mais je ne me suis pas fiée à ses indications et je suis allée à la Mairie du troisième, rue Eugène Spüller, souvenirs de l’époque rue René Boulanger, promenades exploratrices dans le 3e, découverte d’une population d’immigrés, pas mal de chinois (ou peut-être des viets), des cygnes, des arbres du square … Finalement elle m’avait bien expliqué, la dame, mais je ne retiens jamais bien les indications orales, il me faut un papier à consulter, quitte à me tromper mais je peux au moins revenir en arrière …

Voilà pour avant la librairie.  Après je suis revenue à pied jusqu’au RER, Châtelet les Halles, longue promenade, retrouver des rues plus familières, sans pluie sauf quelques gouttes. Et « pendant », vive la librairie qui s’appelle « D’un livre l’autre » http://www.lepetitcelinien.com/2012/05/dun-livre-lautre-la-librairie.html

Trop drôle, je veux citer le nom et j’ajoute cet « à » qui va d’un château l’autre !

Et dans cette librairie des trésors ! vivent les collectionneurs, les fureteurs fouineurs (des noms d’animaux à l’origine de ces adjectifs !) Vive cette journée, démarrée sans rien de spécial, juste un peu inquiète à l’idée d’aller à Paris, et transformée par le plaisir de voir du nouveau, pas seulement des tableaux ou des personnages sculptés mais des idées, des choses qui s’expriment … tourments ou étonnement, ou simplement l’émerveillement de regarder, d’écouter.

mes premiers mots en arabe

     Ah ! ces premières élections tunisiennes, la Constituante ! le mot éveille des souvenirs scolaires, l’Assemblée Constitante, la Révolution, la Convention, bien distinguer Convention et Constituante, les mots prenaient un sens bien plus précis, ils se politisaient, les phrases célèbres, Mirabeau …

Mais … mais ce n’est pas 1789 et beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis le départ de Ben Ali. Et ce matin je suis un peu beaucoup à Tunis, Tunis que j’ai quitté depuis si longtemps (1948) et où je me replonge, amis facebook, souvenirs … les visages ont à la fois changé et sont restés les mêmes, et je ne comprends plus beaucoup l’arabe « en dépit que j’en aie » et que j’en raconte.

Mes premiers mots, mes premiers pas en arabe parlé, je m’en souviens parfaitement, souvenir surgi ce matin, le Front populaire, changement de ton vivs-à vis des « indigènes », ouverture de Radio Tunis, un joli petit immeuble d’un étage sur la Place, en face de la maison, et des cours d’arabe ! C’était bien la première fois que la radio – et la radio c’était aussi tout nouveau – pensait, se proposait à donner un cours d’arabe pour tous, à qui voudrait bien l’entendre. Mon père parlait l’arabe, tunisien natif et nataf, mais ma mère venue d’ailleurs ne le parlait pas. Et apprendre était son métier, elle l’instit dévouée, pénétrée de l’importance de l’école, amie de la lecture la connaissance. Tout me venait d’elle mais là elle ne pouvait pas transmettre ce qu’elle ne connaissait pas.

Je me souviens de ce cours où on donnait la conjugaison, il m’est resté en mémoire, des autres plus de souvenirs, mais conjuguer les verbes c’était un viatique et partant de là j’ai commencé à mieux écouter et il n’y avait qu’un pas à franchir pour parler. A Beaulieu (Béjaoua) on pouvait parler arabe tous les jours, notre bel arabe dialectal. Je n’imaginais pas alors qu’il y avait d’autres façons de parler l’arabe et il n’était pas question d’apprendre à lire et écrire, j’étais en sixième et La langue étrangère c’était l’anglais, d’ailleurs l’Angleterre était la grande alliée etc. Je me souviens que la mort du roi d’Angleterre avait donné lieu à un jour de congé, en 1935 ? 36 ? c’était le roi George V, puis la succession interrompue, le duc de Windsor épousant une roturière (on a su après qu’elle était sympathisante des nazis, ya latif !).

L’arabe donc parlé avec Rabah (une fille de mon âge), avec khalti Meriem bien sûr, et Gamra et Mhammed Merdessi et Belgacem Djilani et les ben Khlifa … Une fois à Paris, d’autres intérêts mais de noveau, 1956, l’Indépendance de la Tunisie, Bourguiba, la naissance de Philippe, un cours d’arabe maghrébin déniché je crois aux Editeurs réunis rue Racine, la guerre d’Algérie, retrouver l’arabe mais lâché prise au vout de quelques leçons, mon compagnon n’étant pas dans le coup.

Un saut de 23 ans et c’est Censier, l’UER Orient, monde arabe, David Cohen, l’effervescence de ses cours à l’EPHE, où les dialectes sont à la place d’honneur … et les langues sémitiques, me voilà suivant les cours d’arabe méthode audio-visuelle, labo de langues, cassettes ou bandes magnétiques encore, oui plutôt, les K7 n’étaient pas encore utilisées pour enregister écouter etc … Enthousiasme pour certains cours, déception et difficulté pour d’autres, je ne suis pas allée au bout de la licence je n’ai pas retrouvé cette rage d’apprendre que j’avais eue pour le russe. Je me dis que ce statut de faux débutant a sa part dans ce manque de persévérance, d’apprenance, puisqu’on croit savoir … Et j’ai enragé de voir des néophytes avec triste « accent français », moi qui … moi qui n’arrivais pas à apprendre à m’y coller … J’ai vu ça aussi chez des descendants d’immigrés russes, ils « savaient » mais n’arrivaient pas à apprendre, terrain miné, on n’avance pas !

Il reste ces bons, ces très bons moments des cours où on n’en perdait pas une goutte pas une bizarrerie mais on est déjà loin de l’arabe, c’est l’amharique, le guèze, le sud-arabique et c’est aussi l’hébreu biblique. Mais bon, auourd’hui qu’est-ce que je fais pour apprendre l’arabe ? lire, retrouver des trésors enfouis, cours d’arabe dialectal, textes en maghrébin (Maisonneuve 1979) et livres, roman (pas de pluriel encore) accompagné d’une traduction, lu une première fois, notes de vocabulaire, relecture, essayer de retrouver où à quel moment se situent les lignes les paragraphes rencontrés en ouvrant au hasard … ça marche. Mais c’est insuffisant, il faut lire beaucoup, un but, tant de pages à telle date … vite un tour en librairie et un autre roman motivant, stimulant. Et relire mais plus qu’un ou deux paragraphes. La poésie hélas ça ne marche pas. En russe, c’était une partie et une partie seulement de ma nourriture quotidienne, vorace j’étais слава богу !