Les voyages extraordinaires du Professeur Vladimir Dahl

IMG_0296dahl_005Il était une fois, ou, en russe жили были старик со старушкой

(là j’ai un peu débordé en écrivant jili byli starik so starouchkoy, « il était une fois un vieux et une vieille ». C’est la phrase qui correspond à « il était une fois », l’ouverture  qu’on dit d’un ton chantant, de tous les contes de grand-mères).

Il y a de grands voyageurs et il y a aussi des voyages posthumes, mais voyons d’abord qui était le Professeur, l’Académicien Vladimir Ivanovitch DAHL (1801-1872). Naissance en Ukraine, à Louhansk, (Lougansk en russe)  études secondaires à Moscou puis Petersbourg, cadets, puis études de médecine pour devenir médecin dans la marine et là, l’amour de la langue le pousse à faire un travail de lexicographie et d’ethnographie, à collecter mots, expressions, proverbes. Il a commencé très jeune, à dix-neuf ans se met à faire des listes de mots. Il deviendra médecin des forces terrestres, ce qui l’ conduira à faire de nombreux voyages dans toute la Russie et même la Sibérie. Il collecte, il note la prononciation exacte, les variations locales.  L’élaboration du  dictionnaire raisonné de la langue russe, le толковый словарь великорусского языка  va l’occuper cinquante trois ans, jusqu’à sa mort. Mais il a aussi écrit de nombreux articles de médecine et d’ethnographie, un manuel de botanique et autres sciences naturelles.

La première édition du dictionnaire est de 1861. Les autres sont posthumes et ont connu les remaniements, la censure, le politiquement correct … Les mots jugés obscènes, présents en 1903, ont disparu d’une reproduction décidée par Staline en 1936, reproduction photostatique (si je ne me trompe pas). – Voici ce que dit Wikipedia en anglais :

  • In 1903 the linguist Baudouin de Courtenay as an editor insisted upon including obscene words in the 3rd edition. Although this decision was criticized by moralists, the edition sold well, and so in 1912–1914 it was released again as a 4th edition.
  • The 5th edition undertaken in 1935, supported by Joseph Stalin, had a very high cultural significance since it was printed in old « spelling » repealed in 1918 in the context of Reforms of Russian orthography thus providing continuity in the perception of pre-revolutionary literature by the new generations of readers. This edition was based upon the 2nd edition of 1880–1883; the Baudouin de Courtenay edition was never reprinted in Soviet times.
  • Sa renommée est telle que l’UNESCO va faire du bicentenaire de sa naissance l’année DAHL, 2003.

Mais au niveau des utilisateurs, des heureux qui ont eu le Dahl entre les mains … c’est là que l’aventure continue. Autour de 1970 j’ai la chance d’effectuer des séjours à Moscou, échanges culturels, je baigne, je dévore, parle, écris et forcément je rencontre des mordus qui aiment autant le français que moi le russe. Et va se mettre en marche un échange de livres, de disques, de lettres , tout ce qu’on peut échanger, envoyer … Dont le Dahl, ses quatre volumes. Mais il va voyager discrètement. Il arrive à Nice, où j’habitais encore, vieux volumes un peu défraîchis. Fougue et vénération, je leur offre des habits neufs, une belle reliure où je déplore qu’on n’ait pas pu graver ДАЛЬ. Ignorant que l’origine du nom était DAHL, j’ai demandé au relieur d’écrire DAL’ – ce qui fait bizarre. Trop de zèle nuit, perfectionnisme et erreur.

Les années ont passé et j’ai commencé à me soucier du devenir de mon DAHL après moi, mes proches ne lisent pas le russe. Et voilà qu’en parlant avec l’amie qui me l’avait offert, je lui propose de le lui renvoyer, au moins chez elle il pourrait être lu, regardé, apprécié. Cette amie russe vit à présent en Allemagne et donc quoi de plus facile ? la poste. Les volumes, reliés, ont pris du poids et font dans les trois livres chacun, cinq à six kilos le tout.  Je me procure (internet) de bons emballages, solides, bien pensés, les commande comme par hasard en Allemagne. Les futures boîtes à plier arrivent rapidement, pas un pli ! Et je m’en vais expédier le premier des quatre, c’était il y a tout juste un mois, le 26 novembre, envoi recommandé international, déposé à 17h05. Je demande à la Poste combien de temps il faut compter, on me répond quatre cinq jours, c’est honnête … Mais dix jours passent, deux semaines … rien à l’autre bout. On commence à s’inquiéter, consultation du site de la Poste avec le numéro du paquet et là, surprise, « tentative de distribution infructueuse » ! Coups de fil, mails avec copies, scan de l’étiquette code barres etc … réclamation à la poste de destination, rien, on ne sait pas, réclamation écrite, officielle … « vous devrez attendre trois à quatre semaines pour avoir une réponse » ! Et puis, accélération, et ce matin la factrice me remet « un petit retour » et mon paquet, je dois signer un accusé de réception. Ouf ! il n’est pas perdu !

Et mon amie a décidé de venir le chercher elle-même … A suivre ! Comme quoi les postes allemandes, si sérieuses soient-elles, n’ont pas été fichues de laisser un avis de passage pour un colis recommandé !

  • Pour les amateurs, le Dahl a été numérisé et on le trouve en ligne ! A la bonne heure !
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One response to this post.

  1. Et là jécoute Senghor raconter enfance découverte de la civilisation de son pays avant la colonisation. Parle bien.

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