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Trente ans, Mamie

ika_portrait_2ika_janv57_2tricot_001Elle est née le 1er septembre 1892 à Salonique (Empire ottoman à cette date). Une longue vie de quatre vingt-douze ans, jusqu’au 17 décembre 1984.  Elle est partie ce jour-là, à l’hôpital d’Evry,  elle était seule, ma cousine Jeannot dans le couloir. Je l’avais vue la veille, elle pouvait parler, faiblement. Elle avait eu un AVC, le 11, à table le soir,  à la maison de retraite où elle était depuis janvier 1973.

Le moment est venu de dire « deux ou trois choses que je sais d’elle » : née à Salonique donc, sa mère institutrice puis directrice d’école, son père je n’ai jamais su. Il est mort jeune, elle avait quinze ans et était déjà boursière à Paris, boursière de l’Alliance (l’Allianve israélite universelle, l’AIU), qu’elle servira pendant 37 ans, à Tunis. Un petit bout de femme, pleine de vie, d’énergie, généreuse, large d’esprit, ne se mêlant pas de ragots, passionnée de littérature, de piano, un peu jeune fille du 19e, du XIXe puisqu’il s’agit de siècle et non d’arrondissement.

Elle est arrivée à Tunis pour la rentrée d’octobre 1910, après avoir vécu la grande inondation de Paris 1910. Les premières années elle a eu les petites classes, le primaire, des orages avec les directrices puis le cours complémentaire, où elle s’est épanouie, enseignant le français, l’histoire géo, un peu d’anglais (un enseignement facultatif je crois, dans ces classes, et aussi le solfège. Elle a commencé à étudier le piano vers 18-19 ans, louant un piano (chez Bembaron, le grand magasin de musique) et elle a été passionnée, passant des heures, pas au-delà de 22 h, gare aux voisins. J’ai encore ses cahiers de piano, les Sonates de Beethoven en deux volumes, celles de Mozart, des Czerny, Clementi et autres Pischna, portant toujours en haut à gauche de chaque morceau la tonalité, la relative … Elle a voulu me faire étudier le piano aussi, gamine, la Méthode rose, puis de petits Bach que je ne pouvais pas voir ou entendre, m’en prenant aux noms de danses, gigue … J’ai dû faire trois ans de piano « petite », puis reprendre vers les treize ans, arrêter encore et repartir avec fougue à seize, au moment du bac. Ceci comme parenthèse piano.

Je me souviens, et je l’ai raconté, la Libération en mai 43, et elle au piano accompagnant les gars qi chantaient, dont ce français de la 8e armée britannique,  Le chant des cerises comme un symbole de la liberté retrouvée …

A cette époque-là, Vichy, elle allait régulièrement emprunter des livres à la Bibliothèque du Souk el-attarin, la grande bibliothèque, monumentale, silencieuse, elle m’avait emmenée quelquefois pour m’initier aux fichiers et présentée (« ma fille’) à la bibliothécaire, Mme Bastide. Elle avait renoncé à acheter ses livres depuis le jour où, retour de vacances, elle n’avait pas retrouvé les caisses qu’elle avait confiées à quelqu’un … Et nous avions donc, à la maison, à Tunis, une immense étagère jusqu’au plafond (et ils étaient hauts) mais ans presque plus de livres pou remplacer ceux qui avaient été volés. Je crois que le sentiment de trahison devait égaler la perte de livres aimés … Ce truc-là, faire confiance, elle me l’a communiqué et plus tard à Philippe …

Voilà, ce sera tout pour aujourd’hui … quelques photos …

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le roi est nu ? la peau de l’ours …

Je veux apprendre quelques mots de grec, j’ouvre le manuel aux pages glossaire et trouve une expression qui dit quelque chose comme « à mon avis », j’essaye de la copier, l’iPhone, complaisant, propose des claviers et je tente d’écrire trois mots, quatre en grec :

Κατα τη γυμνή μου  … Je me les envoie par mail, à l’arrivée, ça semble bizarre, je ne sais pas lire ce que j’ai écrit, le troisième mot, celui qui …C’est que HerrKorrektor, la correction automatique, a transformé le mot que j’avais mal écfit, et l’a interprété à sa manière, forcément la bonne !

  • Petite manip,  demander la traduction à Google,  voilà, γυμνή c’est « nu », mais bien sûr, la gym …
  • Traduction de « à mon avis » : κατά τη γνώμη μου, (ça ressemble à gnose physiognomonie … ) et c’est plus facile à lire.
  • Bien, bien, ça me rappelle mes débuts en russe, quand, faute de mieux je m’armais du Potapova, célèbre manuel de l’époque stal et que j’avais essayé d’apprendre par cœur quelques vers de Pouchkine, du Cavalier de Bronze, ou Cavalier d’airain … C’est là que débarque au labo un vrai russe, un soviétique qui passait une année en France, rare privilège, et j’essaye de lui raconter mes exploits, faisant de Медный всадник …  Медведный … le mot n’existe pas, et je réduisais le noble métal à une espèce d’ours, on avait bien ri !

Et voilà comment on s’en va, clopin-clopant, les jours où on ne s’y colle pas sérieusement.  Une publicité d’autrefois disait  « Ah ! si j’avais connu l’Ecole universelle ! ». La surprise, c’est qu’elle existe toujours, mais la pub a disparu.

 

 

 

une ghreiba ou un kourabieh

kourabieh_01La question n’était pas, au départ, masculin ou féminin, mais qu’est-ce que ces deux pâtisseries ont de commun. Et d’ailleurs pourquoi se le demander, l’une familière, notre ghreiba de Tunis et l’autre plus ou moins exotique, le kourabieh. Jusqu’au jour où arrive une boîte de kourabieh, venant de Grèce, je déchiffre le nom. Et forcément on goûte, ils sont délicieux, (vente en ligne mais oui !). Et puis, le goût, la texture ou la consistance, friable, me rappellent quelque chose … non, il n’y a pas de madeleine en vue. Passe la nuit, ce mot de kourabieh revient, je me suis demandé si c’était un mot grec puisque c’était l’origine de cette boîte à délices. Affleure alors le nom de « montecao », qui doit être plus ou moins d’origine portugaise. Montecao, montecao, mais c’est un autre mot pour parler de la même pâtisserie, la ghreiba (farine de pois chiches, ou d’amandes …) et de sucre glace, avec du beurre, le tout mélangé à la main, au pilon, et cuit à for très doux, quelques minutes … Et brusquement voilà que s’alignent les consonnes de la ghreiba et du kourabieh GH R B d’un côté, K R B en face,  seule la première diffère de l’un à l’autre. C’est, j’en suis persuadée, le même nom malaxé dans un environnement différent, où on passe de Gh à K, et autres variantes sur les gutturales (allez dire coeur en arabe, selon que vous êtes tunisien ou libanais).   Je sens qu’on va organiser une kourabieh-party !   Kourabiedes aux amandes de Lamia – biscuit grec …

Les commentaires (celui d’Apostolidou … Laliamou) m’apprennent que le kourabieh est la pâtisserie de Noël en Grèce, et voici une recette : http://www.lepetitjournal.com/athenes/a-voir-a-faire/gastronomie/21962-fetes-melomakarona-et-kourabiedes-les-biscuits-de-nogrecs

G. Tregouboff, 1939 – La sation zoologique de Villefranche-sur-Mer (1)

J’ai un peu raconté, par écrit ou oralement, l’histoire très riche d’une station zoologique, mais voilà qu’un document sérieux, éclairé, écrit par un passionné, Gregoire Trégouboff, qui l’a dirigée pendant longtemps, refait surface. Que c’est agréable de retrouver un livre, un article ! celui-ci je vais tranquillement le recopier, « à la main » sans passer par le scan sur un papier jauni. Et puis, ça me fait plaisir de lire lentement, en recopiant et en rêvant.

La station zoologique deVillefranche-sur-Mer.

 I Son histoire — II Sa raison d’être

par M. G. TREGOUBOFF, Sous-Directeur de la Station

Comptes-Rendus du 71e Congrès des Sociétés savantes de Paris et des Départements, tenu à Nice en 1938.

– Paris, Gauthier-Villars, 1939

 

 I

    C’est au célèbre professeur de Genève C. Vogt qu’on doit attribuer, sans aucun doute, le mérite d’avoir été le premier à étudier d’une manière systématique et surtout à la faire connaître dans les milieux scientifiques, la faune pélagique si particulière de la Baie de Villefranche.

   Dès son premier séjour à Nice, en hiver de 1846-1847, aidé par les conseils du naturaliste niçois Vérany, Vogt entreprend l’exploration de la Baie de Villefranche et de la Mer de Nice.

   Dans son ouvrage Océan et Méditerranée, paru en 1847, et ensuite dans une lettre ultérieure, écrite en 1851 à Siebold et publiée dans le Zeitschrift für wissenschaftliche Zoologie, il décrit la beauté de cette faune, vante sa grande richesse et signale en même temps la facilité qu’on a dans cette région pour capturer absolument intacts ces animaux infiniment délicats.

   Au cours d’un nouveau séjour du mois de novembre 1850 jusqu’au mois de mai 1952, Vogt procède à des pêches méthodiques dans la Baie de Villefranche et, tout en étudiant spécialement certains groupes tels que les Siphonophores et les Tuniciers nageants, dresse une sorte de calendrier indiquant l’apparition saisonnière d’un certain nombre d’autres animaux pélagiques. Les résultats de ces recherches, virtuellement terminées au printemps de 1852, ne seront publiés qu’en 1868 sous forme d’un Mémoire resté classique jusqu’à nos jours et ayant pour titre : Recherches sur les animaux inférieurs de la Méditerranée.

   Les beaux travaux de Vogt, appuyés sur son autorité scientifique hors ligne, ont fait connaître partout dans le monde des zoologistes la mer si riche en animaux pélagiques de Villefranche et de Nice et ont déterminé de nombreux savants de tous pays à venir séjourner sur la Côte d’Azur, déjà si privilégiée sous bien d’autres rapports.

   Les moyens qu’avaient à cette époque aussi bien Vogt lui-même que ses émules pour la récolte des animaux pélagiques se réduisaient naturellement à bien peu de choses : une petite embarcation à rames avec un pêcheur occasionnel, quelques petits filets coniques attachés aux longs manches dans le genre de ceux qu’on emploie pour la chasse aux papillons et qu’on traînait à la surface de la mer, quelques bocaux ou seaux pour la capture directe d’animaux trop délicats pour être pris aux filets, et c’était tout.  L’étude du matériel récolté se faisait dans une chambre d’hôtel ou d’une villa de Villefranche ou de Nice. Chaque zoologiste devait apporter avec lui, à chaque séjour, tout ce qui lui était nécessaire pour ses études comme instruments, verrerie, réactifs et livres.

   De telles conditions de travail présentaient trop d’inconvénients pour les études devenues bien minutieuses avec le développement de la technique microscopique. Aussi bien, certains parmi les zoologistes qui venaient de plus en plus nombreux dans la région, ont songé à fonder un établissement permanent, soit à Villefranche soit à Nice, apte à accueillir les travailleurs et à leur donner plus de confort pour leurs recherches. Le véritable précurseur dans cette voie était Jules Barrois, seul survivant actuel de cette époque déjà lointaine. Avec le concours du professeur genevois Fol, il installe en 1882 un laboratoire rudimentaire dans un petit pavillon du Lazaret de Villefranche, mis à sa disposition gracieusement et à titre provisoire, par l’autorité militaire. Ce laboratoire ne devait avoir qu’une existence éphémère et a disparu à la fin de l’année 1883 dans des circonstances curieuses sous bien des rapports.

   — (à suivre)

Dante par Mandelstam

La nuit, des fois, je lis, une petite heure, intensément, sans interruptions. Un verre de thé thermos, mes lunettes, silence. Cette fois je me suis trouvée, surprise, dans un festival de couleurs, de notations musicales, un vrai feu d’artifice, de circonstance le 14 juillet.

Entretien sur Dante, de Mandelstam. Un véritable bouquet. J’ai ce petit livre depuis quelques années, une autre fois où j’ai voulu découvrir Mandlestam, la première c’était au moment de la perestroïka. Mais la lecture des premières pages m’avait semblé aride et il était resté de côté, bien rangé avec d’autres russes, si bien que je l’ai retrouvé sans coup faillir, tout étonnée. C’était sans doute le moment de le lire. Je l’ai ouvert au hasard, chap XI, le dernier, étonnante présence de Mandelstam, je remonte les chapitres, il est là, il intervient, s’emballe, se met en scène et c’est extraordinaire de les avoir là, ces deux géants.

Il s’émerveille devant la langue de Dante, en vrai linguiste, analyse la façon dont lui-même s’est mis à prononcer autrement au contact de la langue italienne. Il découvre une structure en ruche, l’architecture de la Commedia. Il parle de minéralogie, raconte qu’il s’est mis à découvrir cette discipline si éloignée de la littérature, de la poésie. Il raconte de petites anecdotes personnelles, il est enthousiaste et modeste !

Et moi je suis émue de voir qu’il compare ces deux langues, que j’aime tant, parce que souvent j’ai raconté qu’elles se ressemblaient, par leur accent mobile, l’éclat de leurs voyelles qui viennent scander les vers.

Je le relis, découvre que la version russe est accessible en ligne.

http://books.google.fr/books/about/%D0%A1%D0%BB%D0%BE%D0%B2%D0%BE_%D0%B8_%D0%BA%D1%83%D0%BB%D1%8C%D1%82%D1%83%D1%80%D0%B0.html?id=2UNSGwAACAAJ&redir_esc=y

http://imwerden.de/cat/modules.php?name=books&pa=showbook&pid=382

visites guidées, pas à pas

Pas à pas, pas de tags excessifs, ne pas insister, laisser flotter, regarder, l’attention s’éveiller, se déployer, utiliser l’espace, laisser un espace mental libre, un peu de Ouf !

J’aperçois deux lignes de possibilités offertes par WordPress, formatage – le mot honni mais pas lorsqu’il s’applique à un texte. On peut choisir sa couleur, un mot en rouge !  On peut « écrire sans distraction », c’est à dire ??

Si on pouvait lire sans distraction, ce qui est devenu impossible sur Facebook comme un peu partout sur le net, envahis qu’on est de pubs, de meetic et autres séductions. Séduction prend un sens très large, commercial, pédagogique, je t’embrouille, je veux que tu m’écoutes, « je parle sérieusement », le je se déguisant à en perdre la tête. Et je t’explique et j’en rajoute et encore, des fois que …

Un exemple tout récent, le muguet porte-bonheur on l’a  beaucoup vu, cette année, associé à une coccinelle, bien grosse, bien tachetée, est-ce bien nécessaire ? un porte-bonheur, s’il est efficace, vous fait plaisir. S’il en faut en second c’est qu’ils sont tous les deux dévalués, z’ont trop servi les pauvres ! Comme les cœurs à la St Valentin. Comme l’illustration qui accompagne des textes, souvent rimés, poétiques.

Je disais « visites guidées », introductions à … je pense et je pratique ceci, sauter la préface d’un livre, l’ouvrir, sauter à pieds joints, humer, voir de quoi il retourne, flairer, oui. Les expos, les sites visités avec Maurice (je dis son nom, je le vois, je l’entends parler, pas la peine de préciser qui il est etc) oui, une visite avec lui c’est entrez, regardez, libre champ et il parlera après, les questions les remarques viendront naturellement, variées, traduisant l’attention éveillée chez chacun, jamais d’emphase  souvent une pointe d’humour, notre langage actuel regardant un tableau, une scène d’il y a des siècles, et là on se sent de plain pied avec ces personnages souvent de noir vêtus, allez si on invitait Les trois mousquetaires, qui ont été à l’honneur cette semaine !

http://www.franceculture.fr/emission-la-fabrique-de-l-histoire-mousquetaires-44-2014-05-01

Liberté, de regarder, de penser à un truc, un autre, le dire sans avoir peur d’être idiot-e et on s’enrichit de nouvelles connaissances, on pénètre à l’intérieur de mondes lointains ou disparus.

Non, je n’aime pas qu’on mette les points sur les i, qu’on explicite qu’on souligne qu’on encadre, pardon si je le fais en ce moment. Basta ! vive le non-dit, le hors-champ, l’imagination qui s’étale comme une tache d’encre, se faufile joue les nuages !

 

 

le nuage de Chelm

Il y a aussi l’histoire qui raconte comment, mais sans le pourquoi, les habitants de Chelm sont ce qu’il sont, je vais essayer de la raconter, mais je l’ai vue dans un joli court-métrage, un dessin animé en yiddish – pas la peine de comprendre le yiddish pour suivre : en bref, nous sommes à l’époque de la création du monde o un peu après, les finitions. Et le Créateur distribue les tâches aux anges, tu vas porter ça à … ou là. Et les anges emportent chacun un ballot, comme le Père Noël sa hotte. Et voilà, l’un des ballots en forme de nuage – bien sûr les anges ne sauraient transporter leurs paquets autrement que dans un nuage – le nuage qui portait l’étiquette Sagesse (sous-entendu Bêtise) s’est pris dans les branches d’un arbre au-dessus de Chelm et a éclaté, comme un ballon ! Ce qui a fait, que tout le contenu du paquet s’est déversé sur la bonne ville de Chelm …

http://findingaids.cjh.org/index2.php?fnm=JacobMestel&pnm=YIVO

http://projetbabel.org/forum/viewtopic.php?p=211596

http://www.yivoencyclopedia.org/article.aspx/Wise_Men_of_Chelm

et

week-end russe à Paris et banlieue

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ça existe ? bien sûr que oui ! et ça pourrait s’appeler l’hospitalité. Et ce n’est pas seulement l’hospitalité russe comme le veut le cliché, ici les russes, les orthodoxes, sont hôtes, invités d’un lieu, faut-il dire un couvent ? appartenant à des sœurs très catholiques, ouvertes,  accueillantes ! Bravo, vive le partage et la fraternité bienveillante ! Nous sommes à Epinay sous Sénart, une banlieue de banlieue si on peut dire, qui n’a pas de gare en propre mais qui est desservie par la gare de Brunoy, autocars et parcours piétons pour les plus courageux.

Epinay, quelques tours, des pavillons, beaucoup de sport,  une statue de Jacques Anquetil sur son vélo à un carrefour très fréquenté.

Et voilà sa Chapelle …

http://www.egliserusse.eu/Chapelle-Saint-Martin-Sainte-Genevieve-du-Seminaire-Epinay-sous-Senart_a1195.html

Le lieu, la célébration du culte se fait en français, avec quelques chants en russe, déplacements, rituel à la mode russe et je peux vous assurer qu’on s’y trouve très bien … vive cette hospitalité, ce recueillement partagé.

A Épinay une vraie église russe est en construction, tout en bois, arrivée en kit : http://www.youtube.com/watch?v=aF-vjx41eK4

Voir aussi http://www.youtube.com/watch?v=d3-1DdR96WY

et une dernière vidéo, hors de ce week-end du tournant de l’an http://www.seminaria.fr/Concert-du-choeur-du-seminaire-a-l-eglise-Saint-Damien-d-Epinay-sous-Senart_a639.html

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Mais à Paris, à Paris elle est bien connue la grande église russe de la Rue Daru …

Et il y a aussi de bonnes boutiques, la culture c’est aussi la gastronomie, les vitrines de Petrossian (seulement les vitrines mais il n’est pas interdit d’entrer) … les photos de D, regardez

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С Новым Годом

С Рождеством Христовом

http://www.ina.fr/video/PAC9701017909

http://www.franceculture.fr/emission-culturesmonde-0

17 décembre 1984

Ma petite mère, combien d’années que je ne t’ai pas écrit, que je parle de toi à la troisième personne, Mamie ou ma mère, ma petite mère … mais toutes les deux, qui avons échangé tant de lettres, qui avons dit infiniment plus de choses, parlé de tout par écrit plutôt qu’oralement … je me souviens des années ado où les repas à deux se déroulaient sans un mot, c’est moi qui te boudais autour de quatorze ans, l’âge bête dit-on. Et pourtant à la même époque j’avais écrit une rédaction sous forme d’une lettre que je t’adressais et qui avait plu à mon prof de français, Madame Amrouche, en troisième.

Ce dont je te suis le plus reconnaissante c’est de m’avoir appris à lire, avant l’école qui ne commençait qu’à six ans, il n’y avait pas alors de maternelles, les grand-mères étaient là, partageaient la vie de tous les jours. Lire et écrire, je me souviens des manuels de lecture En riant, et je vois encore les lignes d’écriture, les syllabes … Tous les livres choisis pour moi, partagés, d’abord les histoires tous les soirs … et la tradition ne s’est pas perdue ! Puis les livres que tu m’achetais, la Comtesse de Ségur, l’abonnement au Journal de Mickey, combien d’années, les Fables de la Fontaine illustrées, un bel album … ils ont tous circulé, les cousins, puis donnés à la bibliothèque de l’école. Le pli était pris, je vivrais avec des livres, tu fréquentais la Bibliothèque du Souk el-Attarine où tu allais tous les quinze jours faire provision, les nouveautés, les revues les journaux aussi. Tu lisais Les Annales, Marianne, tu m’as vite fait lire les petits livres Didier en anglais et au lycée nous avons été trois à prendre des romans anglais proposés par le prof, Hélène Pavlidès, Zina Mahjoub et moi. Jane Austen, Pride and Prejudice ; et un roman que j’avais beaucoup aimé, acheté chez Saliba, je l’ai conservé longtemps, A high wind in Jamaica, j’ai depuis longtemps oublié le nom de l’auteur, Richard Hughes et je découvre là qu’on en a fait un film.

La bibliothèque que tu as fondée à l’Eurolat, et le plaisir que tu prenais à entraîner les pensionnaires à lire, choisissant les gros caractères, parlant et sachant trouver pour chacun les livres qui lui plairaient et pouvaient leur faire paraître le temps moins long entre les visites des petits-enfants si occupés …

Et me voilà largement retraitée et toujours lisant, rencontrant des amoureux du livre, de toutes les formes de littérature, des écrivains des écriveurs en prose en vers – et contre tous les pleurnicheurs !!

Tiens, je vais t’offrir l’image d’un stylo et quelques vers d’un ami du Maroc, un fin connaisseur de la littérature française, quelqu’un que tu aurais aimé rencontrer. Et je crois aussi que tu aurais aimé le Net et toutes ces ouvertures aux paroles qui se lient …

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Demain, je te promets de continuer à t’écrire, nous avons tant de choses à évoquer. Bonne nuit ma chérie, bon long repos « Celui qui croyait au ciel, Celui qui n’y croyait pas »

http://www.poesie.net/aragon4.htm

La Rose et le Réséda

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Tous deux adoraient la belle
Prisonnière des soldats
Lequel montait à l’échelle
Et lequel guettait en bas
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Qu’importe comment s’appelle
Cette clarté sur leur pas
Que l’un fut de la chapelle
Et l’autre s’y dérobât
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Tous les deux étaient fidèles
Des lèvres du coeur des bras
Et tous les deux disaient qu’elle
Vive et qui vivra verra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Quand les blés sont sous la grêle
Fou qui fait le délicat
Fou qui songe à ses querelles
Au coeur du commun combat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Du haut de la citadelle
La sentinelle tira
Par deux fois et l’un chancelle
L’autre tombe qui mourra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Ils sont en prison Lequel
A le plus triste grabat
Lequel plus que l’autre gèle
Lequel préfère les rats
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Un rebelle est un rebelle
Deux sanglots font un seul glas
Et quand vient l’aube cruelle
Passent de vie à trépas
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Répétant le nom de celle
Qu’aucun des deux ne trompa
Et leur sang rouge ruisselle
Même couleur même éclat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Il coule il coule il se mêle
À la terre qu’il aima
Pour qu’à la saison nouvelle
Mûrisse un raisin muscat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
L’un court et l’autre a des ailes
De Bretagne ou du Jura
Et framboise ou mirabelle
Le grillon rechantera
Dites flûte ou violoncelle
Le double amour qui brûla
L’alouette et l’hirondelle
La rose et le réséda

Louis Aragon

Extrait de
« La Diane Française »
édition Seghers

Les bons jurons

elia_mohmer_3Les bons jurons, oui, comme ça fait du bien ! Ce matin, je lis un comm (un commentaire ok) particulièrement vil, bas, un sous-grade de comm et j’ai envie mais je me retiens, d’y ajouter le mien qui exprimera mon rejet de cette attitude. Bon, j’ai écrit deux mots, pas violents mais fermement réprobateurs.

Et puis je suis partie, faire autre chose, « brontolant » dans ma barbe « saloperie, va » mais bien sûr pas question de l’écrire, ce n’est pas le langage d’une octogénaire, voyons … Et voilà, merci ma mémoire, que surgit le beau l’énergique Saloperie vivante ! Il jaillit, j’entends la voix de mes hommes, mon père,  Elia qui l’aimait tant … un juron d’honnête homme indigné !  Et j’en suis toute retournée, ils sont là, je les entends je les vois, je suis à Beaulieu quelle bonne chaleur.

Oui c’était un juron masculin, les femmes … que disaient-elles ? Ah !  Khalti Meriem, elle jurait oui mais ses mots ne me reviennent pas … reviendront ? Je me souviens de ce qui les provoquait : et là c’était toujours une provocation masculine, il suffisait de prononcer deux mots, hnesh et jrana (hnesh le serpent ; jrAna la grenouille (A pour l’accent)) pour qu’elle éclate, fasse plus ou moins semblant de se fâcher …

Voilà ! et vive un bon juron bien asséné ! chaud au coeur.

(brontolare, italien pour grommeler)