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17 décembre 1984

Ma petite mère, combien d’années que je ne t’ai pas écrit, que je parle de toi à la troisième personne, Mamie ou ma mère, ma petite mère … mais toutes les deux, qui avons échangé tant de lettres, qui avons dit infiniment plus de choses, parlé de tout par écrit plutôt qu’oralement … je me souviens des années ado où les repas à deux se déroulaient sans un mot, c’est moi qui te boudais autour de quatorze ans, l’âge bête dit-on. Et pourtant à la même époque j’avais écrit une rédaction sous forme d’une lettre que je t’adressais et qui avait plu à mon prof de français, Madame Amrouche, en troisième.

Ce dont je te suis le plus reconnaissante c’est de m’avoir appris à lire, avant l’école qui ne commençait qu’à six ans, il n’y avait pas alors de maternelles, les grand-mères étaient là, partageaient la vie de tous les jours. Lire et écrire, je me souviens des manuels de lecture En riant, et je vois encore les lignes d’écriture, les syllabes … Tous les livres choisis pour moi, partagés, d’abord les histoires tous les soirs … et la tradition ne s’est pas perdue ! Puis les livres que tu m’achetais, la Comtesse de Ségur, l’abonnement au Journal de Mickey, combien d’années, les Fables de la Fontaine illustrées, un bel album … ils ont tous circulé, les cousins, puis donnés à la bibliothèque de l’école. Le pli était pris, je vivrais avec des livres, tu fréquentais la Bibliothèque du Souk el-Attarine où tu allais tous les quinze jours faire provision, les nouveautés, les revues les journaux aussi. Tu lisais Les Annales, Marianne, tu m’as vite fait lire les petits livres Didier en anglais et au lycée nous avons été trois à prendre des romans anglais proposés par le prof, Hélène Pavlidès, Zina Mahjoub et moi. Jane Austen, Pride and Prejudice ; et un roman que j’avais beaucoup aimé, acheté chez Saliba, je l’ai conservé longtemps, A high wind in Jamaica, j’ai depuis longtemps oublié le nom de l’auteur, Richard Hughes et je découvre là qu’on en a fait un film.

La bibliothèque que tu as fondée à l’Eurolat, et le plaisir que tu prenais à entraîner les pensionnaires à lire, choisissant les gros caractères, parlant et sachant trouver pour chacun les livres qui lui plairaient et pouvaient leur faire paraître le temps moins long entre les visites des petits-enfants si occupés …

Et me voilà largement retraitée et toujours lisant, rencontrant des amoureux du livre, de toutes les formes de littérature, des écrivains des écriveurs en prose en vers – et contre tous les pleurnicheurs !!

Tiens, je vais t’offrir l’image d’un stylo et quelques vers d’un ami du Maroc, un fin connaisseur de la littérature française, quelqu’un que tu aurais aimé rencontrer. Et je crois aussi que tu aurais aimé le Net et toutes ces ouvertures aux paroles qui se lient …

mourad_elayyadi_002

Demain, je te promets de continuer à t’écrire, nous avons tant de choses à évoquer. Bonne nuit ma chérie, bon long repos « Celui qui croyait au ciel, Celui qui n’y croyait pas »

http://www.poesie.net/aragon4.htm

La Rose et le Réséda

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Tous deux adoraient la belle
Prisonnière des soldats
Lequel montait à l’échelle
Et lequel guettait en bas
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Qu’importe comment s’appelle
Cette clarté sur leur pas
Que l’un fut de la chapelle
Et l’autre s’y dérobât
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Tous les deux étaient fidèles
Des lèvres du coeur des bras
Et tous les deux disaient qu’elle
Vive et qui vivra verra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Quand les blés sont sous la grêle
Fou qui fait le délicat
Fou qui songe à ses querelles
Au coeur du commun combat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Du haut de la citadelle
La sentinelle tira
Par deux fois et l’un chancelle
L’autre tombe qui mourra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Ils sont en prison Lequel
A le plus triste grabat
Lequel plus que l’autre gèle
Lequel préfère les rats
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Un rebelle est un rebelle
Deux sanglots font un seul glas
Et quand vient l’aube cruelle
Passent de vie à trépas
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Répétant le nom de celle
Qu’aucun des deux ne trompa
Et leur sang rouge ruisselle
Même couleur même éclat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Il coule il coule il se mêle
À la terre qu’il aima
Pour qu’à la saison nouvelle
Mûrisse un raisin muscat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
L’un court et l’autre a des ailes
De Bretagne ou du Jura
Et framboise ou mirabelle
Le grillon rechantera
Dites flûte ou violoncelle
Le double amour qui brûla
L’alouette et l’hirondelle
La rose et le réséda

Louis Aragon

Extrait de
« La Diane Française »
édition Seghers

Odhra et Wamiq … pures amours

odhra_wamiq_amour

Ecrire pas écrire … Un fil à trouver, il va il se défile … au gré des articles FB et des comm, des allusions croisées, jamais posées. Hier soir un mot en arabe dans une poésie tout en français, tout juste ce mot intraduisible « l’amour 3oudhri »

Le dictionnaire (Hans Wehr, version Cowan, arabe-anglais) propose  vierge pour عذرة    … puis    الهوى العذرى amours platoniques …  J’ai interrogé les amis qui commentaient le poème de Houria, Mehaoudi, Zak, Houria, Rachel … qui disent tous que c’est intraduisible.  Suis allée dormir sur ces explications pleines de rêve  et ce matin, je repars poursuis mon enquête …

C’est chez Kazimirski qu’on trouve le plus d’infos, la référence à des romans arabes, des héros de romans :  Odhra, Adhra, était la maîtresse de Wamiq. La tribu arabe des Odhra était réputée pour la beauté des ses hommes et de ses femmes … amours pures … Je prends des notes (fichier Word : odhra_wamiq_amour.docx).

Et donc poursuivre en demandant à Uncle Google s’il sait quelque chose de ces héros … puis en trouvant, merci, de précieuses indications je vais essayer de rencontrer des Odhra des Wamiq et quelques autres (et de ne pas trop écorcher leurs noms).

  • Merci, ZAK, pour ceci : « … Odhra était [d’]une tribu de Beni Oumaya l’amour chez eux prenait une tournure dramatique mais on connait chez les arabes plusieurs couples célèbres qui expriment une passion sans espoir et sans lendemain mais toujours aussi forte : Jamil et Boutheina, Kaies et Leila chanté par Abdelwahab, Kaies ibn Dhraieh de la tribu Kinana ….. celle qui me plait le plus c’est celle de Kaies… portée à l’écran en 1930 ».
  • Je cherche, mais je ne suis pas encore arrivée à retrouver trace de ce film. Touvé un film bollywoodien, un ballet pas mal.

Des semaines plus tard, faute d’avoir retrouvé le film sur Kaies, je publie en espérant avoir des suggestions, des liens, le film. Merci d’avance à qui  …

le goût de lire

  • le bain de sens, le fleuve des mots des phrases qui s’unissent se défont, viennent chatouiller l’attention ou parfois la déconnecter, comment ça se passe, j’aime que mon attention suive ce fleuve, qu’elle l’accompagne et s’en étoffe …
  • et pour le moment mon attention je veux qu’elle se coule dans la lecture bel’arabiyya … question de pratique quotidienne, pas de relâche sinon tous les liens se défont … je pense à ce livre de … de ? il a un prénom peu usuel, je l’ai vu à la télé dans Bibliothèque Médicis il ya deux ans au moins « Les neurones de la lecture » …  Et sans l’aide du señor google, le prénom Stanislas m’est revenu et dans la foulée le nom de l’auteur, Dehesme … vérif.  c’est DEHAENE

<img src= »http://www.canalacademie.com/IMG/cache-61×65/arton2494-61×65.jpg » alt= »Les neurones de la lecture » width= »61″ height= »65″ align= »left » />

 
  •  Savoir (chercher à) comment ça se passe,  comment on saisit, on capte … alors là il intervient autre chose qui vient du dedans, de ce que tu peux projeter sur ta page, comment tu la fais vivre comment elle interfère tu interfères … tu moi je ils sont tous là en même temps, je ne parle pas des ils ou des elles. tiens, un autre titre qui se pointe, Moinous  de Raymond Federman. Federman, rabbi yerhemho, ou ZaL qui veut dire la même chose en changeant de langue et de confession, mais le postulat est un seul Dieu et nomme-le comme tu l’entends.
  • Digression digression, pourquoi pas ? Moinous est posé, en attente.
  • Lire le plaisir c’est sans s’arrêter, aussi bien se plonger dans un bouquin et ne pas être capable de s’en arracher que, si on aborde une antre langue, dite étrangère, étrangère à sa routine, au mouvement « naturel » des yeux sur la page, la comprenette en éveil, savoir nager, savoir faire du vélo, allez on roule on ne va pas s’occuper de tenir en équilibre, l’équilibre vient du mouvement, les lignes deviennent pages et on est là, dans un champ une forêt une prairie on est Libre. Plus le temps de s’émerveiller, on est dedans et le sens se plie à la forme ou bien l’inverse, ET l’inverse aussi.
  •  Parfois la musique si ce qu’on lit est poésie et si cette poésie vient agréablement et pour mille raisons chatouiller je ne sais quels autres neurones. Lire, lire lire-entendre, lire-voir, lire-attendre …
  • Il est des musiques, au sens large, de celle qu’on lit d’une poésie, celle qu’on écoute celle qu’on lit sur une portée mais musique égale plaisir comme lecture égale aussi …
  • Et les pendants, les contraires, les pensums. Mais je ne les invite pas ici.
  •  Et ce qui m’importe c’est ce moment où on sait faire, on sait lire tout seul sans béquilles.  Hier j’admirais et je vais continuer bien sûr un garçon de huit ans droit sur ses rollers, émerveillé d’aller si vite, de tourner, ralentir … prodigieux, rien à voir avec la lecture sans doute.  Mais cette prodigieuse liberté, est-ce la conscience de soi ?
  • bon, blog ou article mis à l’eau, vogue vogue …