Shulem Rozenberg, adieu, zal

Sholem Rosenberg, 1919-2015

Il était l’incarnation de ces juifs de Paris, riches d’histoire, de cultures, il a bourlingué d’est en ouest, curieux des temps nouveaux, à venir, à l’écoute toujours … La longue maladie de sa compagne, le livre composé à partir de son Journal, la guerre, réfugiée en Asie Centrale tandis que sa famille était exterminée.

      Fun heym tsu na-ṿenad : milḥome-ṭogbukh, 1941-1945 ; un, Lider fun tsaʻar un ṿande

Et son beau yiddish … un texte enregistré par Akademia, une interview par Gilles Rozier (je ne peux pas le copier ici, je l’écoute en ce moment, c’est un fichier mp3)

  szulimrozenberg.mp3

ZAL, Shulem …

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Tante Marie (on va dire Marie)

solsona_nativite_enfantCe n’est pas son vrai prénom et ce n’était pas ma tante non plus, mais quelle richesse, quelle personnalité, pas du tout une tante gâteau qui vous passe tout bien au contraire mais la générosité même, un immense amour des gens, de la beauté, du travail abouti, fini, soigné, les petits objets amoureusement faits, l’Italie dans tous ses états y compris celui du Vatican !

Une femme d’affaires, pratique, réfléchie, curieuse des techniques, du bel artisanat, un grand sens du respect, du soin, du « care » … ses plantes, ses soirées la table mise avec chaque fois des surprises, une mise en scène des couleurs, des objets, la joie des évocations, jamais rabâchées, toujours vives. Artisan du chocolat, quelqu’un l’avait surnommée ma petite chocolatière. Un beau courage, devant la maladie, les coups durs. Son savoir-faire, elle ne reculait jamais devant un effort, comprendre, analyser, s’adapter à un matériau et aux goûts de la clientèle. Car c’est un sacré métier que de fabriquer et de vendre ! Il faut être modeste, mais sûr de soi, de la qualité de ses produits, contrôler tout, les dates, la composition, l’emballage. C’est un art, qui comprend aussi le souci des bonnes relations, de la confiance. Elle avait des clients de la haute société, la « jet » et elle savait aussi être à l’écoute des plus modestes, bref, douée et énergique, gaie mais des fois cafardeuse. Son recours, la foi, bonne catholique, soutenue par cet amour qu’elle portait-recevait. Un grand salut, ma chère M ♥

  • Grande lectrice de Montaigne, elle racontait qu’avec son père ils avaient tellement feuilleté, lu, relu, discuté Les Essais qu’ils avaient dû reprendre de nouveaux exemplaires … Tiens, comme un certain Jean M avec sa grammaire de l’hébreu biblique, usée jusqu’au moindre feuillet et remplacée un jour. Mais le vêtement ou le livre neuf n’est jamais aussi satisfaisant que le bon vieux, usé, manipulé, tous les repères qu’il vos offre, vieille complicité …
  • Montaigne mais aussi l’Italie, de longs séjours à sillonner, rechercher, découvrir, les mosaïques, fresques, baptistères … Et de chaque voyage elle rapportait des trésors à distribuer, j’ai encore un joli petit calendrier Gatti di Roma 1997. Je tourne les pages des mois, chacun a sa photo de chats, et Yoga per gatti … je ne lui ai pas connu de chat mais elle avait dû en avoir.

Ses parents, une éducation orientée curiosité liberté indépendance, elle avait un frère, mort bien jeune, des neveux qu’elle chérissait.

Que de bons moments … et autour d’elle, que d’amis, une belle ferveur.

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Fernet Branca, Campari, Ferrochina Bisleri …

Tous ces noms liés au métier qui fut celui de mon père, un moment, représentant en liqueurs, apéros … métier qu’il a abandonné parce qu’il était en trains de détruire sa santé en buvant moult apéros pour entraîner les clients. Il s’est soigné en faisant une cure de raisin ! Mon père, les déboires et coups durs qu’il a eus, à sept ans une jambe cassée, mal opérée, à plusieurs reprises, à Tunis puis en Italie … il était devenu un enfant grabataire, n’osant plus mettre pied à terre avec cette jambe douloureuse et déformée.

C’est une dame, amie de la famille, la Signora Gilda (je crois que c’était une Levi de Leon, lointaine ascendance ibérique ? c’est bien possible, ce nom de Leon) qui l’a sorti de là, lui a redonné confiance en lui, marche et école, la vie, lui a fait avoir son certificat d’études … Après il a exercé un peu tous les métiers dont celui de préparateur en pharmacie. Il en avait gardé un intérêt pour la composition et l’action des médicaments mais, après ses expériences malheureuses avec les chirurgiens, il ne voulait plus entendre parler des médecins, préférant se soigner lui-même, d’où sa cure de raisin pour se désalcooliser !

De l’époque apéros il avait conservé une jolie collection de petites bouteilles, des échantillons de marques, qu’il rangeait dans une petite armoire, c’était son bien, son domaine. Pour le reste, totalement désintéressé, pas avare pour un sou, mais ne jouant pas non plus les grands seigneurs, un homme modeste qui avait de grandes colères quand on essayait de l’embrouiller, un homme qui chantait volontiers, aimait les animaux, les gens, les enfants à qui il savait raconter des histoires de rêve.

Ses petites bouteilles, ses précieux échantillons, il avait promis de les offrir aux anglais, aux américains tant attendus en 1942-43, pendant les six mois d’occupation allemande à Tunis … et il a tenu parole.

Aussi, voir une série de photos destines à alerter le monde pour la sauvegarde d’un immeuble des Frères Branca, à Nice, ça me touche, je signe une pétition.  Merci à Michel Orcel qui  m’en a parlé, à mon tour, je l’envoie à quelques amis FB …

Quelques liens :

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Charles Fiterman

Cette semaine, du 2 au 5 février, c’est la voix de Charles Fiterman qui est A voix nue http://www.franceculture.fr/emission-a-voix-nue-charles-fiterman-15-2015-02-02

J’ai pris l’émission en route hier soir donc sans savoir qui était l’invité. Et voilà une façon de parler qui me semble familière, qui est-ce, je cherche à reconnaître une voix, les propos m’orientent vite vers une personnalité politique, de gauche. Mais qui est-ce ? Enfant caché, St Etienne, parents juifs, né en 1933 … Le journaliste qui l’interroge finit par dire Charles Fiterman mais rien qui me permette de l’identifier sinon par son nom.

Ce que je sais de lui, comme les gens de ma génération, je me souviens qu’il a été l’un des quatre ministres de François Mitterrand, en 81, avec Jacques Ralite, Anicet le Pors et … et il me manque le quatrième, comme toujours lorsqu’on énumère l’appel est incomplet. Je sais qu’il a été Ministre des Transports. [http://www.humanite.fr/il-etait-une-fois-quatre-ministres-communistes-dans-le-gouvernement-mauroy]

Plus je l’écoute plus sa voix me paraît familière, pourtant je ne crois pas l’avoir jamais entendu, j’ai lu des articles de lui ou sur lui, sans plus. Et voilà, deuxième émission, brusquement, il dit quelque chose qui fait tilt, c’est l’accent de St Etienne, l’accent de mon ami Gil B !

http://www.franceculture.fr/emission-a-voix-nue-charles-fiterman-15-2015-02-02

Je suis ravie de les réunir en une même voix, et d’autant plus que Gil a aussi un beau passé militant, et où donc, à la SNCF. Il va falloir que je l’appelle, il a certainement connu Fiterman, le Ministre !

Voilà, cette rencontre me replonge, à mon tour, dans nos « belles utopies », nuancées, bafouées, mais quand même …

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Salonique, Saloniki

Toute mon enfance j’en ai entendu parler, mais sans détails, le nom qui revenait, passait, ma mère ma grand-mère. Le judéo-espagnol, le djudezmo, une de mes tantes aussi le parlait, elle qui venait de Smyrne via l’Argentine ! le grand périple ! les unes étaient des juifs pratiquants, pas ma mère, et donc j’ai suivi le modèle. Mais la langue, j’ai un peu couru après sans jamais l’apprendre, me contentant de comprendre parce que je l’avais entendue. Découvert des cours, mais ils se donnaient au Centre Rachi, pas d’affinités.

Ces jours-ci, la Grèce passe à gauche. Ce n’est pas seulement une préférence. Je n’aime pas cette manière de comparer les pays à des élèves, à distribuer des notes. Pour changer de ces discours, un livre qui me tombe du net, pas du ciel, Gioconda, de Nìkos Kokàntzis. C’est parti d’un blog, Michel Volkovitch, grand traducteur de grec, écrivain aussi. Que j’aime ces rencontres en ligne, on peut fureter, échanger deux trois mots, un peu plus que les j’aime-like et que ces smileys qui essayent d’être variés. Et voilà Gioconda, en version numérique,

Gioconda, un amour d’adolescents, mais c’est pendant la guerre et la déportation ne l’épargnera pas.

Un passage …

« Dans cette famille, tout le monde était beau. La grand-mère au visage long et sévère, au teint pâle, à l’opulente chevelure blanche ; madame Leonora et sa fille Laura, l’aînée, le portrait de sa mère, avec leur beauté à l’ancienne, leurs grands yeux romantiques, la bouche petite, le sourire timide ; Jack, le père, un grand costaud aux cheveux gris, au visage plein de bonté, au coeur d’enfant ; Renée, la deuxième fille, toute en rondeurs, vive, les yeux malins et rieurs, parfaitement consciente d’être femme et qui plus est très séduisante ; Aline, mince, pâle, diaphane, presque toujours malade, presque toujours assise dans un fauteuil à bascule qu’on sortait l’été dans le jardin et qu’en hiver on rapprochait du poêle dans la salle à manger, un livre à la main, le regard lointain, tourné vers un avenir qu’elle-même ne pourrait vivre. Puis Gioconda, ma Gioconda, la meilleure de tous. Et enfin les deux fils, Peppo, avec les plus longs cils que j’aie jamais vus chez un garçon, qui battaient devant ses yeux marron pleins de chaleur, et Maurice, amusant petit diable, minuscule  mais débordant de vie, toujours prêt pour un mauvais coup. Telle était la famille de Gioconda, et on ne pouvait que l’aimer. »
Et plus loin « Chaque jour nous étions plus forts que la guerre. Car quand la guerre n’existe pas aux yeux d’un
homme, elle est déjà vaincue. »

Quelques lignes de la Postface de Michel Volkovitch :
« Un livre hanté
Ceci est une histoire vraie, dit l’auteur. Il l’a lui-même vécue : c’est lui Nìkos, le narrateur, ce très jeune adolescent qui, à Thessalonique pendant l’Occupation allemande, aima Gioconda – et en fut aimé – d’un amour total.
Gioconda était juive, comme de nombreux Saloniciens : la ville fut pendant des siècles, et jusqu’à son rattachement à la Grèce en 1913, peuplée en majorité par des juifs ; ceux-ci, en 1940, se comptaient encore par dizaines de milliers. »

http://www.prixeuropeendelitterature.eu/volkovitch.html

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lire élire, c’est une librairie près de Censier »

Joli nom pour une librairie, et probablement une citation … « Toujours est-il » (pourquoi ce début de phrase, cette formule …) que sur une page, deux, un livre s’est éclairé, tout ce que je pensais penser de lui, de l’écrivain, s’est mis en mouvement, à monter descendre, mes yeux se sont ouverts plus grands, soif de continuer, boire ces mots, une description qui balayait le temps, remontant aux silex taillés, aux Eyzies, à Lascaux et à ses artistes anonymes, « forcément anonymes ».

La grande Beune, de Pierre Michon.  Pierre Michon, que je ne situais pas bien dans mon échelle des auteurs que j’aime, un peu beaucoup passionnément à la folie pas du tout. J’ai lu Les onze, avec une alternance de moments fabuleux et d’autres beaucoup moins enthousiastes. On a beaucoup parlé des Vies minuscules, pas lu. Pourquoi La grande Beune ? C’est un ami FB qui me l’a conseillé. Commandé, commencé, pas trop tentée par la couverture, c’est un Folio. Commencé la lecture histoire de voir, sans plus, un peu d’ennui même et puis … alors là ! c’est la magie d’une page, d’une rencontre, tout à fait comme on dirait de quelqu’un qu’on croit connaître et qui soudain se révèle. Sourire, regards, conscience d’exister et que cette personne-là vous importe, qu’elle vous apporte mille choses qui étaient demeurées cachées, le coup de la clef et des trésors.

Les trésors de la Grande Beune, c’est la Dordogne, les silex, les grottes, une femme, l’imagination d’un jeune homme.

« Ce qui dormait sous la poussière dans un meuble à vitrine, contre le mur du fond, venait de beaucoup plus loin. Cela venait du siècle dernier, de l’époque barbichue, de la République des Jules, de ces temps où des curés périgourdins athlétiques retroussant leur soutane rampaient dans les grottes vers les os d’Adam, et où des instituteurs, périgourdins aussi, de même rampaient et se crottaient avec quelques mouflets vers l’os prouvant que l’homme  n’est pas né d’Adam ; ça venait de là, comme l’attestaient les étiquettes collées sur chaque objet où des noms savants avaient été calligraphiés de la belle main qui caractérise ces temps, la belle écriture vaine, ronde, encombrée, fervente, qu’ils partageaient alors, les naïfs, les modestes des deux bords, ceux qui croyaient aux Écritures et ceux qui croyaient aux lendemains de l’homme ;  mais ça venait aussi, quoique plus parcimonieusement, de notre siècle, de 1920 et alors la calligraphie avait déjà laissé de belles plumes à Verdun, de 1950 et la calligraphie s’était à jamais brûlé les ailes et était retombée en cendres, en pattes de mouches, dans les enfers de la Pologne et de la Slovaquie, les camps célèbres près du camp d’Attila mais en regard de quoi le camp d’Attila était une école de philosophie, les plaines à betteraves et à miradors où « Dieu ni l’homme une fois pour toutes n’eurent plus cours ; et en dépit de Verdun et des brouillards slovaques, les instituteurs sans calligraphie de notre siècle avaient continué tout de même, héroïquement dans un sens, à mettre des grands noms sur des petites pierres, avec la foi qui leur restait, celle de l’habitude, ce qui est mieux que rien ; et par-delà les instituteurs de tout poil, cela venait d’autres hommes, qui avaient fait l’objet et non pas l’étiquette, des hommes dont on ne sait plus s’ils croyaient à quelque chose en les faisant ou s’ils ne croyaient à rien et les faisaient par habitude, mais dont on pense avec raison que jamais ils ne déchurent jusqu’aux Cercles slovaques. C’étaient des pierres. C’étaient des armes à ce qu’on dit…    »

Et puis, j’ai recopié la phrase qui précède celle qui m’a frappée, et par contagion, je l’ai trouvée aussi belle. Et je ne vais pas en copier davantage mais poursuivre ma lecture. Merci à LemUrien.

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avez-vous un colis à déclarer ?

Ah les salades de ces voix synthétiques ou pas, enregistrées dans ces réponses ou  étant elles-mêmes des réponses à des questions qu’on n’a absolument à vous poser si vous êtes selon la terminologie (foireuse, burokratik) à la mode – pas du tout à la mode de chez nous – si vous êtes, donc, « destinataire d’un colis ».

Je (J) suis censée être destinataire (D) et pas simplement le/ la personne à qui est destiné le colis C envoyé par l’envoyeur E suivant la procédure P, via le « courriériste » C (C comme … au choix). Si je suis dans ce cas, c’est que j’ai effectué un achat A auprès d’une boîte B – l’alphabet dispose encore de quelques lettres, (mais je m’aperçois que C a été utilisé deux fois. Il v falloir « consulter »).

Qu’à cela ne tienne, mon expéditeur E ou mon transporteur T disposent de codes barre et autres graphismes, inscrits sur votre colis C que nous appellerons C1 désormais. Et, raffinement, ils peuvent vous téléphoner, mais oui, même le samedi après-midi, T travaille pour vous jour et nuit, efficacité (Ef )!  Bien, vous répondez donc au téléphone et voilà que commence cet interrogatoire en vue d’établir si vous êtes bien M ou Mme Destinataire  (j’ai bien peur d’en oublier mais je vais essayer de citer) vos noms prénom, AGE (plus de 13  ans ?) le code qui vous a été communiqué quelques minutes  avant, lors d’un premier appel vous intimant de vous mettre en contact avec le 0800 .. .. .. prix élevé.

Les demandes se poursuivent, souhaitez-vous que le colis C1 soit délivré à (votre code postal) au bureau de poste, ou au bureau B2 B3 Bzut !

j’en ai eu assez, j’ai raccroché !

Du temps de Jour de fête, le facteur était bien capable de savoir tout seul, comme un grand, comment rencontrer M ou Mme D. Il y avait même un système D mais c’était autrefois.

tati_jdefete