Salonique, Saloniki

Toute mon enfance j’en ai entendu parler, mais sans détails, le nom qui revenait, passait, ma mère ma grand-mère. Le judéo-espagnol, le djudezmo, une de mes tantes aussi le parlait, elle qui venait de Smyrne via l’Argentine ! le grand périple ! les unes étaient des juifs pratiquants, pas ma mère, et donc j’ai suivi le modèle. Mais la langue, j’ai un peu couru après sans jamais l’apprendre, me contentant de comprendre parce que je l’avais entendue. Découvert des cours, mais ils se donnaient au Centre Rachi, pas d’affinités.

Ces jours-ci, la Grèce passe à gauche. Ce n’est pas seulement une préférence. Je n’aime pas cette manière de comparer les pays à des élèves, à distribuer des notes. Pour changer de ces discours, un livre qui me tombe du net, pas du ciel, Gioconda, de Nìkos Kokàntzis. C’est parti d’un blog, Michel Volkovitch, grand traducteur de grec, écrivain aussi. Que j’aime ces rencontres en ligne, on peut fureter, échanger deux trois mots, un peu plus que les j’aime-like et que ces smileys qui essayent d’être variés. Et voilà Gioconda, en version numérique,

Gioconda, un amour d’adolescents, mais c’est pendant la guerre et la déportation ne l’épargnera pas.

Un passage …

« Dans cette famille, tout le monde était beau. La grand-mère au visage long et sévère, au teint pâle, à l’opulente chevelure blanche ; madame Leonora et sa fille Laura, l’aînée, le portrait de sa mère, avec leur beauté à l’ancienne, leurs grands yeux romantiques, la bouche petite, le sourire timide ; Jack, le père, un grand costaud aux cheveux gris, au visage plein de bonté, au coeur d’enfant ; Renée, la deuxième fille, toute en rondeurs, vive, les yeux malins et rieurs, parfaitement consciente d’être femme et qui plus est très séduisante ; Aline, mince, pâle, diaphane, presque toujours malade, presque toujours assise dans un fauteuil à bascule qu’on sortait l’été dans le jardin et qu’en hiver on rapprochait du poêle dans la salle à manger, un livre à la main, le regard lointain, tourné vers un avenir qu’elle-même ne pourrait vivre. Puis Gioconda, ma Gioconda, la meilleure de tous. Et enfin les deux fils, Peppo, avec les plus longs cils que j’aie jamais vus chez un garçon, qui battaient devant ses yeux marron pleins de chaleur, et Maurice, amusant petit diable, minuscule  mais débordant de vie, toujours prêt pour un mauvais coup. Telle était la famille de Gioconda, et on ne pouvait que l’aimer. »
Et plus loin « Chaque jour nous étions plus forts que la guerre. Car quand la guerre n’existe pas aux yeux d’un
homme, elle est déjà vaincue. »

Quelques lignes de la Postface de Michel Volkovitch :
« Un livre hanté
Ceci est une histoire vraie, dit l’auteur. Il l’a lui-même vécue : c’est lui Nìkos, le narrateur, ce très jeune adolescent qui, à Thessalonique pendant l’Occupation allemande, aima Gioconda – et en fut aimé – d’un amour total.
Gioconda était juive, comme de nombreux Saloniciens : la ville fut pendant des siècles, et jusqu’à son rattachement à la Grèce en 1913, peuplée en majorité par des juifs ; ceux-ci, en 1940, se comptaient encore par dizaines de milliers. »

http://www.prixeuropeendelitterature.eu/volkovitch.html

gioconda

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