lire élire, c’est une librairie près de Censier »

Joli nom pour une librairie, et probablement une citation … « Toujours est-il » (pourquoi ce début de phrase, cette formule …) que sur une page, deux, un livre s’est éclairé, tout ce que je pensais penser de lui, de l’écrivain, s’est mis en mouvement, à monter descendre, mes yeux se sont ouverts plus grands, soif de continuer, boire ces mots, une description qui balayait le temps, remontant aux silex taillés, aux Eyzies, à Lascaux et à ses artistes anonymes, « forcément anonymes ».

La grande Beune, de Pierre Michon.  Pierre Michon, que je ne situais pas bien dans mon échelle des auteurs que j’aime, un peu beaucoup passionnément à la folie pas du tout. J’ai lu Les onze, avec une alternance de moments fabuleux et d’autres beaucoup moins enthousiastes. On a beaucoup parlé des Vies minuscules, pas lu. Pourquoi La grande Beune ? C’est un ami FB qui me l’a conseillé. Commandé, commencé, pas trop tentée par la couverture, c’est un Folio. Commencé la lecture histoire de voir, sans plus, un peu d’ennui même et puis … alors là ! c’est la magie d’une page, d’une rencontre, tout à fait comme on dirait de quelqu’un qu’on croit connaître et qui soudain se révèle. Sourire, regards, conscience d’exister et que cette personne-là vous importe, qu’elle vous apporte mille choses qui étaient demeurées cachées, le coup de la clef et des trésors.

Les trésors de la Grande Beune, c’est la Dordogne, les silex, les grottes, une femme, l’imagination d’un jeune homme.

« Ce qui dormait sous la poussière dans un meuble à vitrine, contre le mur du fond, venait de beaucoup plus loin. Cela venait du siècle dernier, de l’époque barbichue, de la République des Jules, de ces temps où des curés périgourdins athlétiques retroussant leur soutane rampaient dans les grottes vers les os d’Adam, et où des instituteurs, périgourdins aussi, de même rampaient et se crottaient avec quelques mouflets vers l’os prouvant que l’homme  n’est pas né d’Adam ; ça venait de là, comme l’attestaient les étiquettes collées sur chaque objet où des noms savants avaient été calligraphiés de la belle main qui caractérise ces temps, la belle écriture vaine, ronde, encombrée, fervente, qu’ils partageaient alors, les naïfs, les modestes des deux bords, ceux qui croyaient aux Écritures et ceux qui croyaient aux lendemains de l’homme ;  mais ça venait aussi, quoique plus parcimonieusement, de notre siècle, de 1920 et alors la calligraphie avait déjà laissé de belles plumes à Verdun, de 1950 et la calligraphie s’était à jamais brûlé les ailes et était retombée en cendres, en pattes de mouches, dans les enfers de la Pologne et de la Slovaquie, les camps célèbres près du camp d’Attila mais en regard de quoi le camp d’Attila était une école de philosophie, les plaines à betteraves et à miradors où « Dieu ni l’homme une fois pour toutes n’eurent plus cours ; et en dépit de Verdun et des brouillards slovaques, les instituteurs sans calligraphie de notre siècle avaient continué tout de même, héroïquement dans un sens, à mettre des grands noms sur des petites pierres, avec la foi qui leur restait, celle de l’habitude, ce qui est mieux que rien ; et par-delà les instituteurs de tout poil, cela venait d’autres hommes, qui avaient fait l’objet et non pas l’étiquette, des hommes dont on ne sait plus s’ils croyaient à quelque chose en les faisant ou s’ils ne croyaient à rien et les faisaient par habitude, mais dont on pense avec raison que jamais ils ne déchurent jusqu’aux Cercles slovaques. C’étaient des pierres. C’étaient des armes à ce qu’on dit…    »

Et puis, j’ai recopié la phrase qui précède celle qui m’a frappée, et par contagion, je l’ai trouvée aussi belle. Et je ne vais pas en copier davantage mais poursuivre ma lecture. Merci à LemUrien.

lagrandeBeune_2

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