G. Tregouboff, 1939 – La sation zoologique de Villefranche-sur-Mer (1)

J’ai un peu raconté, par écrit ou oralement, l’histoire très riche d’une station zoologique, mais voilà qu’un document sérieux, éclairé, écrit par un passionné, Gregoire Trégouboff, qui l’a dirigée pendant longtemps, refait surface. Que c’est agréable de retrouver un livre, un article ! celui-ci je vais tranquillement le recopier, « à la main » sans passer par le scan sur un papier jauni. Et puis, ça me fait plaisir de lire lentement, en recopiant et en rêvant.

La station zoologique deVillefranche-sur-Mer.

 I Son histoire — II Sa raison d’être

par M. G. TREGOUBOFF, Sous-Directeur de la Station

Comptes-Rendus du 71e Congrès des Sociétés savantes de Paris et des Départements, tenu à Nice en 1938.

– Paris, Gauthier-Villars, 1939

 

 I

    C’est au célèbre professeur de Genève C. Vogt qu’on doit attribuer, sans aucun doute, le mérite d’avoir été le premier à étudier d’une manière systématique et surtout à la faire connaître dans les milieux scientifiques, la faune pélagique si particulière de la Baie de Villefranche.

   Dès son premier séjour à Nice, en hiver de 1846-1847, aidé par les conseils du naturaliste niçois Vérany, Vogt entreprend l’exploration de la Baie de Villefranche et de la Mer de Nice.

   Dans son ouvrage Océan et Méditerranée, paru en 1847, et ensuite dans une lettre ultérieure, écrite en 1851 à Siebold et publiée dans le Zeitschrift für wissenschaftliche Zoologie, il décrit la beauté de cette faune, vante sa grande richesse et signale en même temps la facilité qu’on a dans cette région pour capturer absolument intacts ces animaux infiniment délicats.

   Au cours d’un nouveau séjour du mois de novembre 1850 jusqu’au mois de mai 1952, Vogt procède à des pêches méthodiques dans la Baie de Villefranche et, tout en étudiant spécialement certains groupes tels que les Siphonophores et les Tuniciers nageants, dresse une sorte de calendrier indiquant l’apparition saisonnière d’un certain nombre d’autres animaux pélagiques. Les résultats de ces recherches, virtuellement terminées au printemps de 1852, ne seront publiés qu’en 1868 sous forme d’un Mémoire resté classique jusqu’à nos jours et ayant pour titre : Recherches sur les animaux inférieurs de la Méditerranée.

   Les beaux travaux de Vogt, appuyés sur son autorité scientifique hors ligne, ont fait connaître partout dans le monde des zoologistes la mer si riche en animaux pélagiques de Villefranche et de Nice et ont déterminé de nombreux savants de tous pays à venir séjourner sur la Côte d’Azur, déjà si privilégiée sous bien d’autres rapports.

   Les moyens qu’avaient à cette époque aussi bien Vogt lui-même que ses émules pour la récolte des animaux pélagiques se réduisaient naturellement à bien peu de choses : une petite embarcation à rames avec un pêcheur occasionnel, quelques petits filets coniques attachés aux longs manches dans le genre de ceux qu’on emploie pour la chasse aux papillons et qu’on traînait à la surface de la mer, quelques bocaux ou seaux pour la capture directe d’animaux trop délicats pour être pris aux filets, et c’était tout.  L’étude du matériel récolté se faisait dans une chambre d’hôtel ou d’une villa de Villefranche ou de Nice. Chaque zoologiste devait apporter avec lui, à chaque séjour, tout ce qui lui était nécessaire pour ses études comme instruments, verrerie, réactifs et livres.

   De telles conditions de travail présentaient trop d’inconvénients pour les études devenues bien minutieuses avec le développement de la technique microscopique. Aussi bien, certains parmi les zoologistes qui venaient de plus en plus nombreux dans la région, ont songé à fonder un établissement permanent, soit à Villefranche soit à Nice, apte à accueillir les travailleurs et à leur donner plus de confort pour leurs recherches. Le véritable précurseur dans cette voie était Jules Barrois, seul survivant actuel de cette époque déjà lointaine. Avec le concours du professeur genevois Fol, il installe en 1882 un laboratoire rudimentaire dans un petit pavillon du Lazaret de Villefranche, mis à sa disposition gracieusement et à titre provisoire, par l’autorité militaire. Ce laboratoire ne devait avoir qu’une existence éphémère et a disparu à la fin de l’année 1883 dans des circonstances curieuses sous bien des rapports.

   — (à suivre)

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