8 novembre1942

Avant la Libération de Tunis est venue l’occupation, de novembre à mai. Au moment où elle commence se déroule la bataille de Stalingrad. En Cyrénaïque les anglais ont reculé jusqu’à el Alamein et on ne sait pas si l’Égypte va être atteinte, Suez …

Pour nous, joyeuse équipe de gosses, c’était la routine de l’école ou du lycée, depuis deux ans on vivait sous ce régime de Vichy, heureusement atténué dans les deux protectorats, Maroc et Tunisie. On écoutait Radio Londres,  ces fameux messages  souvent drôles et qui changeaient tout le temps.

A Beaulieu, la ferme où mon père et mon oncle avaient toujours des soucis d’argent, pour les enfants c’était la belle vie, la liberté, l’espace. Là, nous parlions l’arabe, notre bel arabe tunisien..

Depuis quelque temps, une de nos amies, Rebah, nous avions le même âge, quatorze ans, est soucieuse. Ses parents ont décidé de la marier. Elle ne veut pas mais allez donc vous opposer … Elle nous confie qu’elle a un truc, un philtre pour ne pas avoir d’enfants … Rebah, mon amie, avec les bouleversements qui arrivent ce 8 novembre, jour de ton mariage, nous t’avons perdue de vue, qu’es-tu devenue ? Je pense à Barbara, la chanson de Prévert …

  • Le 8 novembre, un dimanche, pendant que retentissaient les zaghrit (youyous) qui accompagnent la fête,   la radio (la bonne, Londres) se met à répéter un seul message, quelques variantes, toute la journée, le soir encore : « Attention Franklin, Robert arrive » ; « Attention Marcel, Robert arrive' », « Attention X Y … Robert arrive ». Et ça nous fait rire, ils sont fous, à répéter toujours la même chose. Le soir on rentre à Tunis, on a classe lundi …  Soudain, stupeur, la nouvelle éclate : ils ont débarqué !  quoi, où ? Maroc, Algérie … Bientôt nous aussi ? mais mardi matin ce sont les camions allemands, soldats très jeunes, cheveux très courts. Et le soir la première alerte,on descend dans l’escalier, il n’y a pas de cave. Le lendemain ça recommence, peur !
  • Et puis les allemands réquisitionnent l’école de l’Alliance, où ma mère est institutrice, et on va y entasser tous les hommes juifs de 18 à ? ans, en attendant de les envoyer creuser, terrasser. Nous habitions au-dessus de l’école et nous pouvions parler avec les hommes par une fenêtre.

Plus d’école, alertes, ville occupée, les parents décident que nous partitions pour la ferme. Et nous y sommes restés six mois, jusqu’à la Libération.

Nous avons toujours pu écouter Radio Londres, les derniers temps, quand la maison sera occupée par des allemands, nous l’avons écoutée chez M … qui était gendarme et chez qui nous pensions que « ça craignait » moins. Comment s’en passer !

Pendant ces six mois de « vacances » forcées, ma mère a fait classe par petits groupes, à tous les enfants, et ils étaient nombreux !

 

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