bonnes feuilles de JP Verheggen (2)

A Paul Eluard (à propos de « J’écris ton nom », in Liberté)[i]

 

Je reviens à vous, mon cher Eluard, pour vous mettre en garde  — en toute amitié ! — car vous allez au-devant des pires emmerdes, mon ami ! Vous allez avoir les instits aux trousses et les écolos aux fesses avec ce mot Liberté que vous écrivez au débotté, un peu à l’emporte-pièce et à la va-comme-je-te-pousse sur tout ce qui tombe à portée de votre main ! Sur les cahiers d’écolier ! Sans vous soucier de ce que vont dire les maîtresses d’école ! Déjà que dans les zones ZEP y a pas mal de taches de graisse quand ce n’est pas de merguez, et vous — irresponsable que vous êtes ! —, vous venez remuer le couteau dans la plaie, vous ajoutez des graboudjis, des graboudjas, tout ça ! Vous écrivez sur les pupitres de surcroît. Des pupitres en bon vieux bois de chez nous ! Des ancêtres respectables ! Notre patrimoine commun ! Au canif suisse ou au cutter ! Bien enfoncé dans la nervure ! Pour qu’ils souffrent en leur âme même ! Marqués comme des renégats ! Voyou va ! C’est de la déprédation ! Du vandalisme ! Et ce n’est pas fini, à peine sorti de la classe, vous vous attaquez à l’écorce des arbres ! Tout en feignant de jouer les amoureux naïfs à la Peynet ! Ah ! vous allez avoir aux basques non seulement les verts et leurs électeurs inconditionnels mais aussi la police de proximité, les gardes-chasses et forestiers, les jardiniers des parcs, les frappadingues de l’environnement et les intégristes de Natura Machine, ce sera la curée, vous avez intérêt à savoir cavaler, vite et loin car, il suffit de voir leur tête, ils n’aiment ni les maniaques ni les Ravaillac des forêts ! Ajoutez-y les amis des animaux parce que non content d’assassiner le végétal vous envisagez d’écrire votre mot sur votre propre chien (le pauvre ! comme s’il n’en avait pas assez avec votre adresse et votre numéro de téléphone poinçonnés sur l’oreille !), non, vous en remettez une couche, en exigeant qu’il vous tende la papatte affectueuse pour y inscrire votre graffito, appelons-le comme ça ! Vous voulez quoi au juste ? Faire de votre cabot un fox-pathéon ? Une petite annonce abrégée ? Un carrelage de chiottes d’autoroutes couvert de rendez-vous bondage codés ? Un cochon à peau peinte come ceux qu’expose Wim Delvoye, l’inventeur de la machine à caca cloaqua ? Ou tout simplement, ouvrir une boutique tatoo-piercing ? Dans ce cas fallait le dire sans commencer à vous répandre salement en envahissant tout, partout avec votre slogan à la noix !


[i] Jean-Pierre Verheggen.- Sodome et Grammaire.- Gallimard, 2008.

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