mes premiers mots en arabe

     Ah ! ces premières élections tunisiennes, la Constituante ! le mot éveille des souvenirs scolaires, l’Assemblée Constitante, la Révolution, la Convention, bien distinguer Convention et Constituante, les mots prenaient un sens bien plus précis, ils se politisaient, les phrases célèbres, Mirabeau …

Mais … mais ce n’est pas 1789 et beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis le départ de Ben Ali. Et ce matin je suis un peu beaucoup à Tunis, Tunis que j’ai quitté depuis si longtemps (1948) et où je me replonge, amis facebook, souvenirs … les visages ont à la fois changé et sont restés les mêmes, et je ne comprends plus beaucoup l’arabe « en dépit que j’en aie » et que j’en raconte.

Mes premiers mots, mes premiers pas en arabe parlé, je m’en souviens parfaitement, souvenir surgi ce matin, le Front populaire, changement de ton vivs-à vis des « indigènes », ouverture de Radio Tunis, un joli petit immeuble d’un étage sur la Place, en face de la maison, et des cours d’arabe ! C’était bien la première fois que la radio – et la radio c’était aussi tout nouveau – pensait, se proposait à donner un cours d’arabe pour tous, à qui voudrait bien l’entendre. Mon père parlait l’arabe, tunisien natif et nataf, mais ma mère venue d’ailleurs ne le parlait pas. Et apprendre était son métier, elle l’instit dévouée, pénétrée de l’importance de l’école, amie de la lecture la connaissance. Tout me venait d’elle mais là elle ne pouvait pas transmettre ce qu’elle ne connaissait pas.

Je me souviens de ce cours où on donnait la conjugaison, il m’est resté en mémoire, des autres plus de souvenirs, mais conjuguer les verbes c’était un viatique et partant de là j’ai commencé à mieux écouter et il n’y avait qu’un pas à franchir pour parler. A Beaulieu (Béjaoua) on pouvait parler arabe tous les jours, notre bel arabe dialectal. Je n’imaginais pas alors qu’il y avait d’autres façons de parler l’arabe et il n’était pas question d’apprendre à lire et écrire, j’étais en sixième et La langue étrangère c’était l’anglais, d’ailleurs l’Angleterre était la grande alliée etc. Je me souviens que la mort du roi d’Angleterre avait donné lieu à un jour de congé, en 1935 ? 36 ? c’était le roi George V, puis la succession interrompue, le duc de Windsor épousant une roturière (on a su après qu’elle était sympathisante des nazis, ya latif !).

L’arabe donc parlé avec Rabah (une fille de mon âge), avec khalti Meriem bien sûr, et Gamra et Mhammed Merdessi et Belgacem Djilani et les ben Khlifa … Une fois à Paris, d’autres intérêts mais de noveau, 1956, l’Indépendance de la Tunisie, Bourguiba, la naissance de Philippe, un cours d’arabe maghrébin déniché je crois aux Editeurs réunis rue Racine, la guerre d’Algérie, retrouver l’arabe mais lâché prise au vout de quelques leçons, mon compagnon n’étant pas dans le coup.

Un saut de 23 ans et c’est Censier, l’UER Orient, monde arabe, David Cohen, l’effervescence de ses cours à l’EPHE, où les dialectes sont à la place d’honneur … et les langues sémitiques, me voilà suivant les cours d’arabe méthode audio-visuelle, labo de langues, cassettes ou bandes magnétiques encore, oui plutôt, les K7 n’étaient pas encore utilisées pour enregister écouter etc … Enthousiasme pour certains cours, déception et difficulté pour d’autres, je ne suis pas allée au bout de la licence je n’ai pas retrouvé cette rage d’apprendre que j’avais eue pour le russe. Je me dis que ce statut de faux débutant a sa part dans ce manque de persévérance, d’apprenance, puisqu’on croit savoir … Et j’ai enragé de voir des néophytes avec triste « accent français », moi qui … moi qui n’arrivais pas à apprendre à m’y coller … J’ai vu ça aussi chez des descendants d’immigrés russes, ils « savaient » mais n’arrivaient pas à apprendre, terrain miné, on n’avance pas !

Il reste ces bons, ces très bons moments des cours où on n’en perdait pas une goutte pas une bizarrerie mais on est déjà loin de l’arabe, c’est l’amharique, le guèze, le sud-arabique et c’est aussi l’hébreu biblique. Mais bon, auourd’hui qu’est-ce que je fais pour apprendre l’arabe ? lire, retrouver des trésors enfouis, cours d’arabe dialectal, textes en maghrébin (Maisonneuve 1979) et livres, roman (pas de pluriel encore) accompagné d’une traduction, lu une première fois, notes de vocabulaire, relecture, essayer de retrouver où à quel moment se situent les lignes les paragraphes rencontrés en ouvrant au hasard … ça marche. Mais c’est insuffisant, il faut lire beaucoup, un but, tant de pages à telle date … vite un tour en librairie et un autre roman motivant, stimulant. Et relire mais plus qu’un ou deux paragraphes. La poésie hélas ça ne marche pas. En russe, c’était une partie et une partie seulement de ma nourriture quotidienne, vorace j’étais слава богу !

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