core mio, core mio …

Core mio … un de ces mots comme une incantation, de ces mots qui reviennent de si loin si loin … la guerre ou même avant. J’ai raconté, http://ogonyok.free.fr/textes/autres%20souv/la%20strada%20maestra.htm

Si seulement j’avais des photos mais non.

les protagonistes: zia Giustina, Maxou.

les lieux : Tunis et la lointaine banlieue, Béjaoua.

  • En 1940, les dames âgées (en fait on disait les vieilles dames et toutes portaient le titre de Zia ou Tante, Khalti, marque de respect) s’habillaient en noir. Les Zie portaient un corset et se tenaient droites, les cheveux tirés en chignon, petites épingles discrètes pour le tenir bien serré. Zia Giustina était une cousine de ma grand’mère Nonna Linda.Venues d’Italie (Livourne) dans les années 1880 elles s’étaient mariées avec des tunisiens, signe que les barrières étaient alors moins étanches ou mariages d’amour ?

Zia Giustina n’avait pas d’enfants, c’était la tante à héritage. A ce titre ou par caractère et autorité personnels, quand elle débarquait au Passage Romano elle distribuait critiques et remontrances aux enfants, les cinq M. Par contraste, elle venait après chez nous, côté Nataf, les deux appartements étaient sur le même palier, palier à ciel ouvert, le bâtiment n’avait qu’un premier étage, le palier donnait sur « la petite cour » de l’école,  (rue Malta Srira). Et là,elle  ne tarissait pas d’éloges sur notre sérieux « bravi bravi ! fanno i compiti » … les petites Nataf en élèves modèles et les M têtes légères. Connaissant la musique dès que nous l’entendions nous nous précipitions sur nos cahiers de devoirs, l’air appliqué.

  • Novembre 42, les Allemands à Tunis, les américains bombardent, nous nous réfugions à la ferme, à 16 km de Tunis et nous sommes rejoints par nombre de parents, amis, qui cherchent aussi à échapper aux hurlements des sirènes. Parmi eux, Zia Giustina, je ne me rappelle pas si son mari, le vieil Elia, était là aussi.

Le mot de zia Giustina, dans ses élans positifs, c’était « core mio » (mon coeur). A qui s’adressait en particulier cette expression, plus aucun souvenir …

Maxou ! 20 ans en 42, rejoindra Leclerc dès la Libération de Tunis, travail obligatoire pour les Allemands pendant la période d’occupation, mais affecté à des travaux de peinture décoration des villas réquisitionnées. Boute-en train de première, blagueur, imitateur avec talent … les gestes les attitudes … Les jours où il était libre, il nous rejoignait à Beaulieu et racontait, racontait, enjolivait …

 la comédie : A Beaulieu pendant cette période de l’occupation zia Giustina était un des personnages remarquables. Et voilà les derniers jours de l’occupation, la débâcle des allemands, nous attendons, à la fois impatients et inquiets, d’autant qu’ils ont fait creuser des tranchées dans le jardin.  Les avions américains,survolent, en formations de plus en plus nombreuses, de plus en plus rapprochées, de jour, de nuit, fusées éclairantes. La retraite allemande … nous regardons,  ils défilent, camions, tous véhicules sur la route, serrés. Les deux dernières nuits, nous nous sommes réfugiés dans des grottes à quelques centaines de mètres de la ferme, tous sauf mon père.

Notre petite route de tous les jours serait-elle  la route de la retraite ? Et la zia Giustina, stratège, discute : si c’est là la strada maestra – la route  magistrale, elle va être bombardée et nous aussi peut-être.

Le débat Maxou-Giustina s’engage, Max a rapporté le journal  de Tunis et Giustina veut lire, voir la carte pour savoir si  la strada maestra passe par la ferme … elle veut être rassurée ou se préparer au drame.  Je les revois comme si c’était hier : Max tient le journal derrière son dos, elle veut le prendre, il tourne, se défile, ils parlent italien, elle tourne autour de lui pour s’emparer de ce journal, elle veut le prendre, pas moyen …  Max a de ces réparties sentencieuses impayables, elle s’énerve, la strada maestra la strada …

Elle ne saura pas ce jour-là mais les évènements vont plus vite, il n’y a pas eu de combats dans notre coin, et nous avons assisté à cette débâcle allemande sans dommages pour nous …

La ferme, Beaulieu, a été le bon refuge où nous avons été jusqu’à soixante personnes alors qu’en temps normal, les jours de semaine, ils étaient quatre ou cinq, un peu plus le week-end et les vacances.

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